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chants et musiques amazigh

chants et musiques amazigh

Quand Djura chante...

Elle chante la femme, elle chante les femmes. Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, Djura est le symbole de l’artiste engagée. Ses messages, universels, ont valeur d’enseignement et de témoignage. Histoire d’une vie, histoire d’une lutte : portrait.

" Djura s’est élevée très tôt contre la condition de la femme kabyle et de la femme algérienne en général. Quand d’autres chanteuses chantaient la beauté de la femme arabe et des chansons à l’eau de rose, elle, elle disait à ses soeurs qu’il fallait briser le joug du machisme et des traditions, mieux que ça elle a apporté aussi un sang nouveau sur le plan musical : le son Djura ", analyse Yacine Berkani, critique musical algérien.

Mère du féminisme algérien, Djura a forgé son discours avec les vicissitudes d’une jeunesse tiraillée entre modernité et tradition, malmenée dans la recherche de son identité. Elle n’a que cinq ans quand elle débarque avec sa mère et ses deux frères et soeurs à Marseille pour rejoindre son père, parti quelques années plus tôt pour la métropole. L’Algérie était alors encore un département français. Un pays dont la petite Djura ignore tout ou presque. Elle ne parle ni le français, ni même l’arabe. Uniquement le kabyle.

L’Ecole du spectacle

De sa petite chambre du quartier de Belleville, la famille sera relogée dans ce qu’on appelait alors " une cité d’urgence " en plein coeur de Paris avant d’atterrir à la Courneuve en proche banlieue. Ils sont maintenant 9 enfants. Plongés dans un univers culturel qui n’est pas le leur, les parents, pour ne pas perdre plus encore leurs racines, se reposent sur la tradition pour garder leur identité. " Des traditions rétrogrades ", commente Djura. " Le modèle de la société occidentale était plus séduisant que celui qu’on nous offrait à la maison ".

Elle a à peine dix ans que déjà son besoin d’expression se manifeste. Attirée par l’Ecole du spectacle - enseignement général le matin et enseignement artistique l’après-midi - elle ruse avec ses parents en leur disant simplement qu’elle veut " faire la même école que sa copine Fany ". Sans y regarder plus avant, ses parents acceptent sans se douter une seconde que leur fille se prépare déjà pour une carrière artistique. Repérée par les producteurs qui voulaient faire d’elle l’héroïne d’une série télévisée, elle est finalement obligée de révéler le pot aux roses à son père qui se montre on ne peut plus catégorique : " Tant que je vivrai ma fille ne mettra pas les pieds sur les planches ". Sans appel.

L’épisode algérien

" Le vent de l’Occident souffle dans ta tête ma fille ". Longtemps après, ces paroles paternelles restent toujours gravées dans la mémoire de Djura. Un père qui se mettra en devoir de lui serrer encore un peu plus la vis. Il voudrait la marier, la voir en épouse modèle c’est-à-dire mère au foyer. Mais Djura, elle, revendique le droit de choisir son destin. Alors forcément les relations familiales se dégradent.

Après son bac de philo, lasse d’être prise entre le marteau et l’enclume, elle tranche et décide de partir seule à la recherche de son identité. Direction l’Algérie. Elle opère un retour aux sources pour " réaborder la tradition ". En retrouvant sa terre natale, accompagnée de son frère et de sa femme, elle entendait " reconstruire le pays ". Un pays qu’elle dut finalement quitter sous la pression exercée par son propre frère pour qu’elle se conforme au modèle traditionnel de la femme arabe. Soumise. Elle avait fui la peste pour le choléra. De retour en France, elle est purement et simplement séquestrée par son père. Qui espère, en cela, mettre fin aux turpitudes de sa fille et lui mettre enfin un peu de plomb dans la tête. Peine perdue car la rupture familiale est consommée. Djura fugue.

Parcours artistique

Travaillant pour subvenir à ses besoins et pour financer ses études, elle décroche une licence puis une maîtrise en Arts Plastiques. Elle veut devenir réalisatrice. A 20 ans, elle a déjà à son actif trois courts métrages et un long " Ali au pays des merveilles ". C’est en cherchant des musiques pour ce dernier qu’elle rencontre son futur producteur, Hervé Lacroix. Il lui propose de se mettre, elle-même, à la chanson. Elle hésite. Puis se lance finalement. " J’ai réalisé qu’avec la musique je pouvais plus facilement porter les messages que j’avais à transmettre qu’avec l’écrit ou l’image. D’autant que je m’adresse à un peuple à tradition orale ". Le pied à l’étrier, elle devait prendre les rênes d’une carrière dont elle ne soupçonnait pas la puissance.

C’est au départ avec ses soeurs qu’elle crée en 1976 son premier groupe Djur Djura. Premières scènes, premiers succès, sa renommée est immédiate. Elle sera la première artiste maghrébine à faire l’Olympia à Paris. La force de ses chansons est avant tout dans ses textes. Textes où elle se fait le porte-drapeau de la femme kabyle. " Je chante tout haut ce que nos mères chantaient tout bas ". Elle tire son inspiration de son vécu et confie " partir d’une démarche personnelle pour aller vers un problème collectif ". Ce n’est plus pour les Kabyles qu’elle chante mais pour toutes les femmes.

Nouveau souffle

Les plus grandes scènes, les plus grandes émissions télé en France, elle est portée par sa musique. Et puis le drame. Une sombre histoire " d’expédition punitive " organisée par des membres de sa famille. Traumatisée, elle quitte la chanson pour une retraite littéraire. Une thérapie. Plus personnelle, plus introspective que la scène. Il en sortira un livre " Le voile du silence ". Best seller.

Après plus de cinq ans d’absence et quatre albums, elle revient aujourd’hui avec un nouvel opus, Uni-vers-elles. L’album du renouveau. L’album des retrouvailles. Sa ferveur intacte, elle a mûri une oeuvre musicalement très aboutie. Une oeuvre qui lui ressemble et pour laquelle elle n’a pas lésiné sur les moyens pour arriver à ses fins. On n’en attendait pas moins d’elle.

David Cadasse

Source: Afrik

Chants soufis de Nadia At Mansur

 

 La deuxième artiste dont nous recommandons absolument l’album est Nadia At Mansur, tant cette jeune chanteuse remet à l’ordre du jour un style de chant indissociable de la vie spirituelle des kabyles qui est connu sous le vocable Adekkar ou ddkar.

Ce style décrit précédemment, est rattaché à une pratique religieuse qui a pris racine au Maghreb en général et en kabylie en particulier : Le soufisme.

Le soufisme (1) est la voie mystique de l’islam. Les soufis privilégient l’expérience personnelle par rapport à la démarche communautaire. Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour auquel on accède par amour.

"Qui connaît Dieu, l’aime ; qui connaît le monde y renonce"

Ay ul leh’bab xelli ten

Tsxilek ur ten id tsfekkir’

Ternud’ atmaten edj iten

Wid i k ixedmen lxir’

Iusa d lh’ub ghur’ R’ebbi

Wi iddan d Lleh d win axir’

Ô coeur abandonne les amis

De grâce n’ y pense plus

Quitte également les frères

Ceux qui t’ont fait du bien

L’amour divin est arrivé

Le chemin de Dieu est le meilleur

L’islam a connu son expérience mystique dès le VIIIè siècle. Certains musulmans, voulant vivre la rencontre intérieure entre le croyant et son Dieu, vont se retirer au confins du désert, notamment en Syrie et en Égypte.

Les docteurs de la loi s’en méfient et s’en inquiètent. Ils y verront une déviation de l’islam, en tout cas celui de Mouhammad qui privilégie la communauté à l’individu alors que ces "soufis" (du nom de l’étoffe de laine -Souf en arabe- blanche dont ils se recouvrent) veulent atteindre le salut individuellement. On les appelait fakir ou derwiche qui désignent les pauvres en raison de l’état de dépouillement auquel ils s’astreignent.

Dans leur quête de Dieu, les soufis préconisent le détachement à l’égard des choses de la vie, le jeûne, le silence, la méditation (twehid Uxallaq), etc. autant d’éléments qui vont à l’encontre de la vie communautaire. Mais ce qui inquiète encore plus les docteurs de la loi, c’est la réunion des mystiques sous l’autorité d’un cheikh (Chikh ou Ccix en kabyle), un maître qui développe une liturgie qui lui est propre et des techniques de méditations particulières, ce qui met en péril leur autorité religieuse et leur compétence de théologiens. Leur méfiance est grande vis-à-vis de cette voie qu’il faut suivre pour atteindre l’union intime totale avec Dieu qui procure l’extase.

Ay idjj’an cbigh miâr’uf (2)

D uruz ay deg iteffer

Sebghegh talaba am zaâluk

S’ebh’egh am nuâ d amsafer

Rr’ay fkigh i R’ebbi

Akken i S ihwa isker

Oui, je ressemble à la chouette

Qui se cache au creux d’un arbre

J’ai teint ma robe comme un pèlerin

Je suis comme un vagabond

A Dieu je laisse toute décision

Je me soumets à tous Ses voeux

Cette approche se fait sous l’autorité d’un maître dont le rôle est fondamental dans l’initiation. Autour du maître, le Chikh, s’articule la hiérarchie des lieutenants, des disciples, des aspirants qui obéissent à une discipline stricte. Ainsi naît la confrérie (connue sous le nom de Zaouia en kabylie). Chaque confrérie a ses méthodes d’initiation, des points de repères mis en place par le maître. Cela peut être la prière, la méditation, la musique et la danse, le voyage...Le dhikr par exemple est une prière collective autour du maître qui consiste à réciter des louanges à Dieu.

INFLUENCE DU SOUFISME EN KABYLIE

Le soufisme par sa tolérance a très bien pris racine en kabylie. A ce titre, une grande confrérie, la Rahmaniyya (Tarahmanit en kabyle), organisée au XVIIIè siècle par un cheikh kabyle a suscité l’insurrection kabyle d’El Mokrani en 1870. Elle a par ailleurs engendré un grand personnage considéré comme un Saint, en la personne de chikh (Ccix) Muhand. Notre village lui a rendu hommage à travers un chant de procession dans le style adekker (3) :

Le Chikh Mohand Ouel Hocine

Dont la piété embaume comme un grain d’ambre noir,

Disparut en allant à la source prier.

Ses fidèles se sont dit :

« Le lion l’a mangé » :

Mais lui, dans le secret, cheminait vers la Mecque ;

Ceux qui l’ont rencontré sont venus témoigner.

Je le jure par la Grâce de Dieu,

- A moins que la mort ne m’ait pris -

(Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah.)

Je marcherai parmi les sables,

J’entrerai dans la mer aux poissons.

(Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah.)

Au pèlerinage de l’Hachimi,

J’apparaîtrai sur le seuil du prophète !

(Il n’est pas d’autre Dieu qu’Allah.)

Afin de pouvoir apprécier cette voix magnifique, nous vous invitons à écouter ces extraits des chansons composant l’album.

1 Ur Lli? Je ne suis pas 

2 A k Cekkre? Louanges à Toi

3 Ul inu d ameksa Mon coeur est un berger

4 Urji? L’attente Extrait

5 Rebbi fella? d aessas Le seigneur est notre gardien

6 Ddunit a tarju Le monde peut bien attendre

7 Tizerzert tawehcit La gazelle sauvage

8 Subbe? Je suis descendue

9 Ala ad? a? Rien qu’une pierre

 

Références bibliographiques :

(1) Cyril Glassé, Dictionnaire encyclopédique de l’islam (Bordas, 1991)

(2) Remdan At Mensur, Isefra n at Zik, Poèmes kabyles d’antan, Editions Ibis 1998

(3) Taos Amrouche, Le Grain magique, contes, poèmes et proverbes berbères de kabylie, Maspero 1966 Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie, Maxuala-Radès Tunis, Monomotapa, 1939

Les oeuvres présentées ici peuvent être obtenue auprès de ocoram@wanadoo.fr

Source: tizi hibel.free

Idir, l’espace kabyle et les grands espaces

la Kabylie, cet espace berbère d’Algérie, a sa langue propre, ses valeurs propres, ses revendications propres, ses artistes, ses poètes, ses chantres. S’il faut nommer un seul chanteur kabyle, Idir vient en tête. Le parrain des 22e Nuits d’Afrique a la stature d’un Gilles Vigneault, d’un Félix Leclerc ou d’un Richard Desjardins.

La carrière de cet auteur-compositeur-interprète, né en 1949, remonte à son adolescence alors qu’il se destinait vers des études de géologie. Après un premier tube (Rsed A Yidess) diffusé à Radio Alger en 1973, Idir signait chez Pathé Marconi en 1975 et lançait un album réalisé à Paris: A Vava Inouva, dont la chanson-titre allait devenir un succès planétaire, c’est-à-dire distribué dans 77 pays et traduit en 15 langues.

«J’ai commencé à 17 ans, ça m’a toujours fait bizarre de voir des gens beaucoup plus âgés venir me demander conseil à partir des mots que j’écrivais dans mes chansons. Je crois qu’on m’attribuait des choses qui dépassaient de loin ma compétence. C’était l’effet du succès… C’était être là au moment où il fallait, avec les mots qu’il fallait dire à l’époque. C’est vrai que j’ai vite occupé une place à part, il ne faut pas faire de fausse modestie. Je suis un privilégié, je dépasse le cadre d’un simple chanteur.»

Le sociologue français Pierre Bourdieu, d’ailleurs, a déjà fait observer qu’Idir n’était pas un chanteur mais un membre de chaque famille qui possédait ses disques.

«À travers la tradition dont je suis tributaire, en révélant qui je suis, mes fans retrouvent une tranche de leur histoire dans la mienne.»

Jamais Idir, d’ailleurs, n’a cessé de cultiver une saine proximité avec son public kabyle, qu’il fréquente toujours : «Il est tout à fait normal pour moi d’aller chez les gens comme ça, simplement. Sans eux je ne suis rien, déconnecté, mal à l’aise, je ne peux évoluer comme il le faut. Ce sont les petites gens qui m’attirent, souvent âgées, qui ne savent ni lire ni écrire. Je suis bien en leur compagnie car on évite le superflu. On va tout de suite à l’essentiel.»

Issus d’une tradition orale jusqu’à une période encore récente, les Kabyles algériens n’ont quand même pas peur des mots, bien au contraire.

«Chez nous, la valeur du mot est énorme. Avant  la modernité, les tribus kabyles en guerre faisaient s’opposer leurs poètes dans des joutes oratoires. Toutes les tribus se rendaient à l’évidence des mots les plus extraordinaires… et la guerre finissait ! Même les personnes âgées qui vivent encore d’aujourd’hui et qui n’ont pas eu d’éducation veulent d’abord savoir ce que raconte une chanson.»

Chantre de l’identité kabyle dans les années 70, Idir s’identifie aussi à l’espace berbère, qui s’étend des îles Canaries à l’Égypte, du Tchad à la Méditerranée. «On y retrouve la même base linguistique que dans la langue kabyle explique le chanteur. C’est passionnant de voir comment une civilisation qui a couvert un territoire aussi immense a pu résister dans certaines poches stratégiques. Les montagnes, le désert…»

Idir, lui, résiste en région parisienne, bien qu’il retourne très souvent en Algérie où vit encore sa vieille maman de 93 ans. Il explique sa migration: «Dans ma langue maternelle, je n’étais pas reconnu de fait en Algérie. Je n’arrivais pas à m’épanouir. J’en étais même venu à me demander si la société occidentale n’avait pas eu raison de moi, si je ne courais pas après un pays  qui s’éloignait chaque jour un peu plus. L’espace kabyle subit l’arabisation à outrance, l’idéologie a pris le pas sur le reste de la vie. On a uniformisé cette région avec un chômage énorme… Je crois qu’on ne veut pas d’une région qui puisse être une conscience, une matière grise, car ça fait peur aux gens qui sont en face.»

Outre le kabyle qui constitue son premier véhicule linguistique, le français est aussi une langue d’expression pour Idir. En témoigne La France des couleurs, un album de 17 titres réalisé l’an dernier avec une foule de jeunes artistes français issus tous horizons raciaux et culturels. Jeudi soir, il compte d’ailleurs présenter un répertoire bilingue au public des Nuits d’Afrique.

«J’ai été nourri au biberon de Brel, Brassens, Ferré, Vigneault et Leclerc. Des enregistrements québécois chez moi à l’époque? Bien sûr. Nous étions des enfants de l’indépendance, nous étions ouverts, nous recevions Fidel Castro et le Che. Nous avions réussi notre révolution, nous étions le phare du Tiers-Monde, champion du non alignement. Toute l’Afrique était en marche vers la décolonisation, tu imagines la fierté d’un lycéen algérien de 17 ans? C’était une période très porteuse», souligne-t-il, sans cacher son bonheur de parrainer un festival qui célèbre l’Afrique dans toutes ses couleurs.

Cela étant, Idir ne semble plus retrouver tous ses repères dans le nouveau paysage culturel de Kabylie «Les chanteurs des plus jeunes générations, pense-t-il, font plus dans l’illustration et dans le folklorisme. Je suis profondément kabyle dans l’âme mais ça ne m’empêche pas de venir au Québec, de m’imprégner de l’Autre. Or, j’ai l’impression que là-bas, on s’en tient au kabylo-kabyle. Et ça m’énerve un petit peu. Ce n’est pas la Kabylie qui doit l’emporter chez un artiste kabyle, c’est son art. Si je te regarde, je préfère te débusquer dans ton clin d’œil, dans ta manière de sourire. Ça me renseignera plus sur toi que tes idées.»

Pour Idir, en fait, l’art est un combat du profane sur le sacré, c’est le pouvoir de dire non et donc le pouvoir de plaire, d’attirer des gens juste par la beauté du mot et d’une belle mélodie.

«En vieillissant, confie-t-il en concluant, je me suis rendu compte que la musique était quelque chose d’essentiel à mon travail. Mais j’ai longtemps cru que la musique était un prétexte pour dire un mot. Oui, j’aurais fait des joutes oratoires si j’avais vécu au 19e siècle. Et j’aurais remporté des victoires!»

 

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=JCpc7ch4nd4

Source: La Presse

 

 

 

 

Hnifa, une vie brûlée

 

Documentaire sur une grande figure de la chanson kabyle

Hnifa, une vie brûlée, film documentaire réalisé par Ramdane Iftini et Sami Allam, adapté du livre biographique du journaliste Rachid Hamoudi, a été projeté en avant-première jeudi dernier à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou.

D’une durée de 60 minutes, l’œuvre retrace la vie tumultueuse de cette grande dame de la chanson kabyle (1924-1981) au destin tragique souvent comparé à celui d’Edith Piaf. Le portrait aborde en filigrane la situation sociale des Algériens durant la colonisation, l’émigration, la création de la radio d’expression berbère, les débuts de la révolution.
Musicalement, il nous replonge par le truchement de l’image et du son dans le monde merveilleux et éternel des chouyoukh du chaâbi comme El Anka, M’rizek et les autres ténors de la chanson algérienne des années d’or tels que Fadhila Dziria, Slimane Azem, Cherifa, Nouara…

Pour revenir au sujet du film, le réalisateur s’est contenté de deux témoignages sur Hnifa. Une amie d’enfance de la chanteuse et l’auteur compositeur Kamel Hamadi. Peu d’images aussi sur l’artiste disparue si ce n’est quelques séquences vivantes puisées dans deux films dans lesquels l’artiste a joué un rôle de figurante. Mais cela ne diminue en rien à la qualité documentaire et technique de ce film qui a reçu l’olivier d’or dans la catégorie documentaire lors de la 8e édition du Festival du film amazigh qui s’est déroulé à Sétif et qui vient de décrocher le prix du meilleur sujet au panorama du cinéma algérien organisé à Riadh El Feth.

« On n’a pas la prétention d’avoir ramassé la vie de Hnifa en une heure de temps. Notre documentaire n’est qu’un petit travail pour perpétuer la mémoire de cette grande dame de la chanson berbère (...). On n’a pas de biographies (livres, films). Dès qu’un artiste disparaît, on reste dans les hommages posthumes », a indiqué M. Iftini. Rachid Hamoudi, auteur du texte, dira pour sa part : « Hnifa, c’est d’abord une femme qui a eu une vie très tourmentée qui se prête à bien à l’écriture.

C’était aussi un fil d’Ariane pour faire connaître le contexte culturel dan slequel elle a vécu. On ne parle pas que d’elle dans le documentaire, mais aussi des autres chanteurs, de l’histoire de la radio, de l’apport des artistes de l’émigration à la révolution, de l’exil, etc. Il faut dire aussi que nous manquons de biographies sur les grands artistes ou écrivains. Peu d’entre eux se sont livrés sauf peut-être Bachtarzi, Mohamed Hilmi, Rouiched et ces dernières années Djohra Abouda et Matoub Lounès dans leurs livres. La plupart étaient illettrés et les récits autobiographiques sont également peu prisés dans une société où la pudeur est une valeur centrale. A l’exception du journal de Feraoun, de notes de Rachid Mimouni même nos écrivains se sont contentés de fiction. Il y a aussi un manque cruel d’archives au niveau des éditeurs de l’époque ou des organismes de spectacles. Il y a 10 ans, les archives de l’entreprise étaient dans un état lamentable.

A propos de Hnifa, on l’a comparée à Edith Piaf. Sait-on combien de livres et tout récemment un film (La Môme) qui lui ont été consacrés ? Au hasard, que connaît-on vraiment de Fadhila Dziria, de Tetma ou pour rester dans le champ culturel d’expression kabyle de Mouloud Mammeri, de cheikh Aheddad ? Un documentaire, un film, une émission permet d’abord à mon humble avis de faire connaître aux nouvelles générations une partie de leur histoire et de leur identité. Il faut retisser les fils distendus de la mémoire. »

Ahcène Tahraoui

Source: El Watan, Edition du 10 avril 2008 > Supplément TV


  • Projection du film-documentaire fiction Hnifa, une vie brûlée de Ramdane Iftini et Sami Allam
    La diva ressuscité par le cinéma

La projection débat du film documentaire de Ramdane Iftini et Sami Allam, Hnifa, une vie brûlée, a eu lieu jeudi dernier au siège de l’association. Il s’agit de remettre en séquences l’adaptation du livre de Rachid Hamoudi, qui retrace la vie tumultueuse d'une artiste à la voix unique dotée d’un talent hors norme, et ce depuis sa naissance en 1924 jusqu'à sa disparition en1981.

L’immortelle diva de la chanson kabyle renaît de ses cendres. En effet, un documentaire a été présenté comme le récit d’une vie et d’un parcours hors du commun au format fiction. ainsi, sur 52 minutes de fiction, cette dernière retrace sa vie et avait sa place vu le manque d'images et de son de Hnifa, hormis ses chansons, son passage dans le film l'Incendie et quatre photos que le réalisateur a choisies de présenter façon Marilyn Monroe par Andy Warhol. Dans le cadre de la manifestation "Alger, capitale de la culture arabe 2007", la salle Algéria projettera aujourd’hui l’avant-première du documentaire consacré à la diva de la chanson kabyle, Hnifa.

 

Le film-documentaire intitulé Hnifa, une vie brûlée, retrace la vie et la carrière artistique de la chanteuse kabyle (1924-1981). Le film de 52 mn est produit et réalisé par Ramdane Iftini, en collaboration avec Samy Allam. Cette réalisation cinématographique est inspirée d’un texte du journaliste Rachid Hamoudi. Artiste au destin tragique, Hnifa est née dans un village de Haute Kabylie et à l’époque elle connut, à l’instar du reste de ses congénères, l’émigration vers la Casbah d’Alger d’abord et vers la France ensuite. Elle a chanté l’amour, la misère, l’exil...des thèmes en somme qui décrivent la tourmente et les destins contrariés.

 

Hnifa est décédée en 1981, dans un hôtel parisien. Sa dépouille est restée près d’un mois à la morgue, avant d’être enterrée dans un cimetière de la banlieue parisienne. Grâce à sa fille et aux artistes de sa génération, ses ossements ont été rapatriés au cimetière d’El Alia. Ramdane Iftini, coauteur avec Samy Allam du documentaire, Hnifa, une vie brûlée, n’est pas revenu de la 8e édition du Festival du cinéma amazigh, les mains vides. Premier produit, premier prix !

Le réalisateur, qui signe là son premier documentaire sur la vie et aussi le contexte socioculturel dans lequel a vécu l’artiste, a raflé la plus haute distinction de ce rendez-vous cinématographique, l’Olivier d’or. Un trophée qui vaut 200 000 DA et plus que ça : un symbole !

 

Le réalisateur déclare à ce sujet : “Sincèrement, j’avoue que tous les gens qui font un travail dans n’importe quel domaine artistique s’attendent à être récompensés de quelque façon que ce soit. Les prix en Algérie, je n’en ai pas une grande idée, mais en tout cas c’est toujours un plus pour ceux qui les arrachent en proposant une œuvre quelle qu’elle soit. Cela ouvre certainement d’autres portes aux lauréats pour de nouvelles productions artistiques et leur permet également d’avoir une sorte de carte de visite qui convainc”.

 

A une question de savoir ce qui a motivé son choix, le réalisateur déclare : "Au départ, ce produit devait être un livre cosigné avec Rachid Hamoudi. Nous avions tenté de reconstituer la vie, le parcours de Hnifa, et aussi tout le contexte socioculturel de l’époque. L’ouvrage était bouclé en 1993, et au moment de l’éditer Rachid Hamoudi et moi-même avions quitté Alger. Ce n’était pas la seule raison qui a motivé la non-édition du manuscrit, c’est surtout le fait que le document n’était pas très étoffé, il contenait 80 pages, et nous n’avions pas trouvé plus de quatre photos d’archives. C’est par la suite, sur la base de ce travail que nous avions, au début des années 90, reconstitué le scénario de l’œuvre Hnifa, une vie brûlée. A l’écran, nous avions buté sur un tout autre problème : celui du manque d’images d’archives. Extrêmement rares étaient les images qui mettaient en scène Hnifa.

 

Il y avait une seule séquence d’elle dans El Hariq de Mustapha Badie, où elle a campé un petit rôle, mais il fallait le savoir ! Dans notre documentaire, nous avons donc opté pour une reconstitution de quelques événements historiques qui s’étaient déroulés entre 1924 – date de la naissance de Hnifa et le début des années 80 – date de sa mort en 1981-, puis nous avions également reconstitué l’historique des figures marquantes de la scène lyrique, à commencer par Sfindja, entre 1910 jusque dans les années 80, avec notamment l’émergence de Ferhat Imazighen Imoula et Idir”.  

 

Merbouti Hacene

Source: La Dépêche de Kabylie N° :1747    

Date  2008-03-01

 

 

 

Ait Menguellet : Un homme, une vie, une œuvre

 
 

Que dire sur Ait Menguellet ? Tout ou presque a été dit sur ce personnage hors du commun. C’est une légende vivante. C’est une saga époustouflante. En tant que chanteur  et poète, en tant que barde et aède, cette personnalité aimée, choyée, adulée  voir idolâtrée est parfois controversée et remise en cause. C’est à l’image de son parcours mirobolant  « D amqran ghaf imuqran-an d amectuh ddaw rebbi ».

C’est à Alger où il étudiait, sous la protection de son frère, qu’il débuta sa carrière artistique. Mais vite, il rejoint  son village natal Ighil Bwamas, en Kabylie, qu’il ne quitte que rarement depuis, et c’est là qu’il se ressource auprès des siens, auxquels il consacre toute son œuvre, toute sa vie. Ighils bwamas est perché sur une colline qui fait face à la célèbre main du juif, nommée par les autochtones « Taletat ». Ces deux lieux (Ighil bwamas et Taletat) semblent figés là par les temps et condamnés à se regarder en chiens de faïence. Les villageois  d’Ighil bwamas croient savoir que Taletat veille comme un bouddha sur leur village et ses habitants depuis l’aube des temps. La neige se charge la plupart du temps à l’immaculation de cette région montagnarde, austère et pauvre. A part l’attachement à la terre, rien ne peut retenir les gens ici. « Tamurt iw d izurar ghef idurar icuden nebla imurar s igenwan » dixit l’artiste dans l’une de ses chansons ou encore « lbaz ma ixus it udrar afrux kan ada s semin ».

Avec la chanson, Ait Menguellet a atteint des sommets que beaucoup lui envient. A l’aurore de sa vie artistique, il s’est frayé un chemin entre des noms gigantesques. Personne ne donnait cher de sa vocation. Le quitus qui le guidera vers la gloire lui a été délivré par feu Cherif Kheddam en 1966 dans la célèbre émission « Ighenayen Uzekka » avec son premier tube « Ma Trudh » ou « Si tu pleures ». C’est entre des maîtres incontestés et incontestables des années soixantes qu’il a poussé ses premiers cris enchantés. A cette époque, il fallait être téméraire et intrépide pour s’engouffrer dans le wagon des ténors tel que Yahiatene, Slimane Azem, cheikh Nouredine etc…  Aujourd’hui, Ait Menguelet règne en maître sur la canopée d’une jungle artistique sans foi ni loi. Il est indétrônable. Il est le digne héritier  de la vieille génération.

C’est donc timidement qu’il s’est incrusté dans le train musical de l’époque avec une destination incertaine pour lui. Il a gravi les échelons graduellement sans se presser, chose qui l’a conduit là où il est aujourd’hui. La saga lounis ne peut-être narrée à la légère, ni  contée comme une fable ordinaire. C’est du domaine des initiés. L’homme est à la mesure de sa notoriété. Il a le verbe aiguisé qu’il lacère tous ceux qui daignent y jouer avec. Il est un jongleur émérite avec le sens des mots qu’il est rare de trouver deux interprétations identiques à sa poésie. Dans sa bouche, un mot est l’égal d’un livre. Le peuple dit toujours que lui seul (lounis) sait ce qu’il veut dire et il détient le secret de sa thématique parfois philosophique et parfois encore métaphysique. On lui colle même un don prophétique jusqu’ à supposer la réalisation de ses oracles. «  Llemer a dinigh ayen ilan tasardunt att arew mmis » assène t-il dans une de ses chansons pour mieux cultiver le mythe. Ait Menguelet crée la polémique et enflamme les discussions. Il génère des débats. Pour lui les mots ont des sens divers et chacun y trouve ce qui lui sied dans une même lexicologie.  Le cœur et le cerveau ne perçoivent pas les messages de la même façon. Chaque personne capte ce qu’elle  veut à travers les oracles que le chanteur clame et déclame. Le mot pain ne signifie pas nécessairement la même chose pour le riche ou le pauvre. Lounis a chanté les frustrations d’un peuple et d’une cause dans les soubresauts récurrents qui les ont accompagnés. Etant lui-même  un organe dans ce corps en souffrance, il ressent donc, sûrement et indéniablement, ses douleurs.


Le poète  utilise les mots justes pour le besoin de sa poésie ésotérique  et de la beauté du verbe rimé, lui qui colle les messages à la périphérie de ces mêmes mots. L’homme dont la mémoire est telle une mer déchainée où foisonne l’inspiration, traine derrière lui une carrière riche et plurielle qu’aucune  Iliade ne pourra louer.  La vie, lui, il la résume à trois mystiques jours. Si pour Jaques Brel la vie se termine bizarrement à seize ans, puisqu’à cet âge, on a déjà tout vécu dans les rêves, pour lounis Ait Menguelet, l(s)a vie se résume à trois jours fatidiques ou si l’on veut symboliques. La découverte de l’amour, la séparation avec un être cher et le mariage. J’espère seulement ne pas me tremper d’interprétation de son tube « Acu mi cfigh, acu yezrigh, Siwa telt yam di l3emr iw » que je traduirais par : « De ma vie je ne retiens que trois moments ».


Libre aux admirateurs de philosopher sur ces moments vitaux, il n’y a que lui qui pèse le sens  et la valeur de chacun de ces moments. Sans doute qu’il a été marqué par des événements cruciaux. Ce n’est pas tout sans aucun doute. . Avec une sagacité et une intelligence hors normes, il a réussi à éviter tous les pièges d’un parcours artistique impitoyablement époustouflant et ce, dans une société ingrate envers son élite. Une société résistante, refusant tout ce qui vient en amont. L’homme a survécu aux amalgames et aux tricheries des uns et des autres. Il a sauté par-dessus les mines fratricides et antagonistes sans relâches.  Ce qui fait de lui à chaque étape, un homme encore plus endurci. Les bouleversements et  les dures épreuves sont, peut-être, le terreau de sa foisonnante création.  « Il est paraît-il des terres brulées donnant plus de blé qu’un meilleur avril » dit le géant de la chanson française, le belge Jacques Brel.


Ait Menguellet  est un mythe complexe. Il cultive lui-même le mystère et la confusion. Il  provoque l’incompréhension. Il se cache derrière un voile qui ne laisse transparaître de lui   que la silhouette ou l’avatar qu’il veuille bien nous laisser voir. Il ne nous largue à la figure que l’image qu’il préfère nous servir de lui. « Samahtiyi nek d amedah Ur n hebbes di tikli, ittebda taburt taburt ayen inwa tidett att yini » ou « Excusez-moi,-moi qui n’est qu’un aède faisant du porte-à-porte en criant la vérité à qui veuille bien l’entendre ».


En politique, il  caricature presque volontiers. L’amalgame et la contradiction sont ses atouts gagnants. L’exercice lui a  certes causé  des trébuchements mais il n’est jamais tombé.   Il laisse ses adversaires perplexes jusqu’au dépit et au rejet. Il ne s’en offusque nullement. Il génère des questions pour que son œuvre ésotérique attire l’attention et fasse débat. Tout le monde veut l’avoir de son côté mais lui, il préfère avoir tout le monde de son côté. Sacré Lounis ! Il ruse avec ses émules pour que nul ne réussisse à le coincer. De sa vie personnelle, on ne connait que des brindilles. Il n’étale pas ses faits d’armes et  ne réclame rien à ceux qui l’aiment. Il garde ses distances avec son public et ses concitoyens. Tout ce qu’il souhaite, il le distille à travers ses chansons. Il fait de sa poésie et de sa guitare ses alter egos. Il s’adresse à eux presqu’affectueusement comme des êtres vivants. « Qimed greb iw kes iyi lxiq a tin hemlegh kes iyi urfan, qimed g rebiw ara kemini i snizemran mi des teqsan »  ou «  viens prés de moi ô ma guitare, déleste-moi de mes soucis et de mes déboires, il n y a que toi qui peut les affronter » demande t-il sa guitare. (C’est ce que j’ai cru comprendre !).

Il a chanté l’amour au temps où le terme était tabou. Dans la (sa) kabylie d’après-guerre, le mot amour attirait les foudres à celui qui osait le susurrait. C’était le temps des dogmes rigoureux. Point de place aux iconoclastes. La relation amoureuse  était un luxe étranger aux mœurs endogènes d’une région kabyle quasi endogamique et la relation intime ne se vivait que dans les nuits sombres  de la vie conjugale imposée par le clan. Dans cette contrée isolée et conservatrice d’une Algérie à réinventer, on imposait la vendetta et les épées sortaient de l’étui  envers ceux qui osaient braver les interdits. L’honneur de la tribu se devait d’être protégé. Mais le jeune Lounis, malgré tout cela, a chanté les amours, sans offense et sans remous envers les traditions séculaires et ancestrales et ce malgré une thématique textuelle osée. Il a su trouver les mots sans générer de maux à la société qui l’a vu naître. « D a3ebwaj bwawal ». Il n’a jamais heurté la sensibilité d’une communauté repliée sur elle-même depuis la nuit des temps. « El hub si nett sethi cebhenk seman ak Tayri ma d nek i3ejvi yismik », il le reconnait, plus tard explicitement après la venue des néologismes amazigh. Il reconnait implicitement qu’il ressentait une honte et une gêne à chaque fois qu’il prononçait le mot amour à consonance arabe. C’étaient ses années d’or. Il a divinisé la femme au point  où il ne parlait que d’elle. Il lui a donné tous les prénoms possibles, Louiza, Djedjiga, Tassadit … si l’on creuse profondément dans son œuvre au tout début, on s’efforcerait de croire qu’il chante l’amour pour les autres tandis que lui-même en est absout. Il chante l’amour pour mieux s’exorciser de ses souffrances. «  Enughegh yidek ayul- iw » ou «  je me bats chaque jour  avec toi ô mon cœur » est le titre où il remet en cause les appels de son cœur pour  une vie en rose. Un dialogue de sourds s’engage entre lui et ce dernier sur les choix de la vie. La vie pour lui n’est qu’un chapelet de dures épreuves qu’il faut conquérir au prix de sacrifices tumultueux. «  I kerhi wul iw atas mi kerhegh tina ihemel ».


Avec l’âge et la libéralisation politique dans le pays et dans le monde, l’artiste change de cap et s’enfonce petit à petit dans le sentier des luttes populaires. Avec minutie et acrobatie, il participe à l’éveil consciencieux des masses. Au crépuscule des années soixante-dix et à l’aube des années quatre-vingt, Ait Menguelet intègre les chaumières battantes du combat identitaires. « Ali D wali », «Akka Ammi », « Askuti » sont devenus des hymnes pour les militants de la liberté et du combat identitaire. Les cassettes audio de Lounis dans une poche pouvaient attirer des ennuis. Dans sa célèbre chanson « Akka Ammi », il montre le chemin qui mène au sommet de l’état avec toutes ses intrigues et ses ruses. Avec l’éclatement des événements d’avril 1980 (le printemps berbère), un mur salutaire était hissé entre lui et les autorités politiques. C’était le divorce entre la Kabylie et le pouvoir d’Alger et toucher à un symbole tel qu’Ait Menguelet  pouvait embraser la région et mener le pays tout entier droit au chaos. Il le dit fièrement dans sa chanson « a taqbaylit »

Son combat pour l’identité  et l’émancipation, il le menait sur la lame aiguisée d’une épée tellement il était difficile d’être au devant de la scène quand la suspicion et la compromission étaient les leitmotivs du moment. Il appréhendait légitimement l’engagement frontal.
Après le semblant d’ouverture démocratique survenu après les évènements d’octobre 1988, l’artiste a emprunté un autre chemin dans le but d’accompagner le peuple dans sa soif du changement. Il se transforme en guide quasi spirituel d’une société qui venait juste de sortir d’un demi-siècle de dictature. Il n’a pas cessé durant cette période d’attirer l’attention sur les dérives d’une démocratie de façade et désordonnée. A l’intention des siens, il prodigue conseils et recommandations dans une poésie porteuse d’avertissements. Il était de ceux qui ne croyaient pas à la providence d’un parti unique transformé en multitude de partis uniques. « ghurwet », « Akka ammi » et dans bien d’autres titres, Il n’a de cesse d’appeler a l’union et à l’entraide et aussi  à la clairvoyance et la retenu. La fraternité est le seul impératif de toute contestation. Il lance des appels incessants au peuple dupé pour un sursaut d’honneur et un réveil face à la machination diabolique du FLN. Avec sa poésie et sa musique comme seuls armes, il ne s’encombre jamais de bons procédés pour rappeler sa naïveté à la Kabylie pacifiée. Etant désarmé et refusant de s’engager dans des luttes fratricides, il essaye avec ses diatribes poétiques de vivifier la conscience d’une cause en déperdition, la cause amazigh.  Après « Ataqvaylit yecreq yitij yuli was » il s’excuse de rectifier  le  tir par « Taqvaylit macci yiwet kul yiwen ttaqvaylit is ». Durant les années de braises qui a vu tant d’hommes mourir dans une guerre fratricide sans pitié ou tout le monde accuse tout le monde, lounis a averti les uns et les autres. Dans « A yinigi gidh » il prédit la catastrophe pour ceux qui voulaient être les justiciers d’une cause qui leur échappe. « tes3a utes3in dahlalas tus miya atteglu yisek ».


Aujourd’hui, après tant d’années renversantes où érudits, savants, saints et exégètes ont été tous suppliés et interpelés, Lounis semble déçu par l’absence d’un retour d’écoute. Il semble chagriné et blasé par les incertitudes qui perdurent, annonçant par là, des horizons toujours plus imprévisibles et plus sombres. Alors, dans un sursaut désespéré, il se tourne vers le fou à qui il se fie pour se regarder lui-même. Il s’adresse à lui comme son alter ego. Il lui demande dans son dernier album, qui se veut une remise en cause d’un parcours,  des conseils qu’il n’a pu trouver dans le monde des gens sensés. Avec lui, il engage un discours franc et éclairé pour tenter vainement de comprendre les méandres d’un monde en folie. Et le fou lui tend une toile dans laquelle il lui peint notre aquarelle de tares et d’insuffisances. Une toile où il nous peint des croquis insolites qu’il suffit juste de décortiquer pour pouvoir enfin trouver le sésame qui ouvre les portes d’un univers meilleurs.  Tout ça pour nous dire que les réponses à nos questions sont tout prés de nous et pour les trouver, nul besoin d’aller chercher plus loin. A travers le fou, Lounis croit trouver la force de s’adresser à ses amoureux comme à ses détracteurs pour leur dire le fond de lui-même. Il répond à toutes les questions qui sont restées irrésolues dans l’esprit de ces derniers. Il leur offre une espèce d’autobiographie testamentaire dans laquelle il énumère les principes qui ont guidé son parcours. Le fou nous assène certaines vérités à la figure pour mieux nous secouer. Il nous parle du respect du temps et nous conjure de ne pas oublier sa valeur. Il nous prie de ne pas s’attarder sur les actes passés et ne se focaliser que sur ce qui est  beau et bien dans ce bas monde dans lequel nous évoluons. Il se moque de ceux qui sont hanté sur la longévité  sans se soucier de vivre pleinement l’instantané. A quoi sert de vivre longtemps si l’on s’astreint à une morosité mortifère. Le fou nous conseille d’oublier la mort et ne se consacrer qu’à l’éphémère vie. Laissez la mort aux morts et vivez comme si la vie est éternelle. Laissez les supplices du jugement dernier aux crédules croyants. « jet lmut i wid yemuten ».


Dans cette dernière compilation qu’il nomme « Tawriqt Tacebhant » ou feuille blanche, il en veut aux muses qui l’ont déserté. Ait Menguelet nous offre une espèce de rétrospective de tout ce qu’il a produit jusque-là et prédit instinctivement une perspective sombre et stérile. Il en veut au stylo, à la feuille et aux fils de sa guitare qui refusent de réveiller, comme de coutume, son inspiration plongée dans une torpeur sans fin( !) Se complaire dans le silence, pour lui qui a toujours été prolixe et foisonnant de création, est devenu dur à porter. Dans sa quête de faire aboutir ses sensations intimes, dans cette conjoncture embrouillée par des incertitudes, il a choisi de se mettre dans la peau du fou, lui qui est un sage qui implore souvent les sages et les éclairés, pour mieux nous acculer et nous harceler à l’éveil de notre conscience libertaire. Il espère pouvoir continuer à être utile. Dans cette dernière (re)naissance, il y a plus de questions mais surtout, beaucoup de réponses aux interrogations, pour ceux qui veulent bien fouiner entre les strophes de sa poésie métaphorique et complexe. Pour ceux qui cherchent la clé avant de trouver la porte, pour ceux qui se voient gambader au printemps alors qu’ils pataugent dans la boue de l’hiver froid et glacial, il prescrit la règle de conduite qui mène aux objectifs. Lounes cache beaucoup et délibérément entre les lignes et les interlignes  de ses textes ou plutôt de ses parataxes. Dans l’ombre de son œuvre, beaucoup est à savoir et à découvrir. Chacune de ses chansons est un livre où le mystique, le métaphysique et le philosophique se tordent, s’entremêlent, pour tresser des nœuds que seuls les tisserands du verbe peuvent démêler. Le sens de ses textes est à chercher dans le fond effacé d’un   vieux palimpseste. Le poète est fatalement invité à choisir entre l’envie de continuer et le tarissement de la verve créatrice qui l’a toujours caractérisé.  Le dernier chapitre de sa vie n’est toujours pas entamé. Le point de clôture de son œuvre est remplacé par des points de suspension.  Il décide de repousser le terme  et indéniablement, l’homme au verbe tranché a choisi le chemin qu’il a toujours emprunté : celui de continuer à chanter, c’est la seule chose qu’il sait vraiment faire. Un grand effort pour ses admirateurs est consenti. Pour terminer nous disons à l’artiste et à l’homme : ur ghettaja ur ghett harim d i sut ik…

Benamghar Rabah

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Lounis Aït Menguellet

Lounis Aït Menguellet

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Lounis Aït Menguellet en 2003

Informations générales
Nom de naissance Abdenbi Aït Menguellet
Naissance 17 janvier 1950 (64 ans)
Ighil Bouammas,
Activité principale Chanteur, poète
Genre musical World music
Instruments Voix, guitare
Années actives 1967 - (toujours en activité)
Site officiel www.aitmenguellet.net/

Lounis Aït Menguellet (Lewnis At Mangellat suivant la graphie kabyle), de son vrai nom Abdenbi Aït Menguellet, est un poète et chanteur kabyle

Algérien d'expression berbère, né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas, village niché dans les chaînes montagneuses du Djurdjura dans la commune de Iboudraren daira de Ath Yenni wilaya de Tizi-Ouzou dans la région de Haute Kabylie au nord de l'Algérie.

Lounis Aït Menguellet est certainement l'un des artistes les plus populaires de la chanson berbère contemporaine, un poète qui est devenu l'un des symboles de la revendication identitaire berbère. À propos des évènements qui ont secoué la région de Kabylie ces dernières années, il dit que, égale à elle-même, la région est un bastion de la contestation et qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. « Je parle de la kabylie à ma façon, afin d’apporter quelque chose pour que les choses évoluent », avant de s’empresser d'ajouter qu'il ne fait jamais de politique.

Nombreux sont ceux qui considèrent que la carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes. Ay agu (Brume), Iḍul s anga a nruḥ (Le chemin est long), Nekwni s warrac n Ledzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Aït Menguellet choisit délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte.

En présentant son nouvel album à la presse, le 16 janvier 2005, à la veille de sa sortie le jour de son cinquante-cinquième anniversaire, à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, Lounis a fait remarquer que « l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeller leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes ». Aigri par la situation sociale et politique de son pays déchiré, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts.

Biographie

Une enfance marquée par la guerre d'indépendance

Dernier né d’une famille de six enfants - il a trois sœurs et deux frères -, Lounis Aït Menguellet naît dans le village Ighil Boamas, Iboudraren, près de Tizi Ouzou en Haute Kabylie le 17 janvier 1950, un peu plus de quatre ans avant le déclenchement d'une guerre d'indépendance qui apportera, après sept années d'une guerre sans merci, l'indépendance à son pays.

Le sage a dit

 
Lounis Aït Menguellet

Après près de quarante ans de carrière, plus de 200 chansons produites (il affirme être incapable lui-même d'en donner le nombre exact) et une notoriété bien établie, Lounis Aït Menguellet est toujours resté « ce campagnard fier », « ce montagnard au fort caractère », essayant de couler des jours paisibles dans son village d'Ighil Bouammas près de Tizi Ouzou. « La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose. »

Victime d'un lynchage médiatique en 2001, lié à la situation difficile que connait l'Algérie depuis le début des années 1990, il écrit deux ans plus tard Neğayawen amkan (Nous vous cédons la place), qui est censée être une chanson-réponse à cet évènement dont il refuse de parler.

En 2005, il sort un nouvel album Yennad Umɣar (Le sage a dit), et fait remarquer que la sagesse qu’il chante dans ses chansons est puisé chez les petites gens qu’il côtoie. Le titre le plus long de l'album - il dure 8' 22" - Assendu n waman (Les brasseurs de vent) dénonce à la fois les manipulateurs d’opinion qui ont un rang officiel, mais également, toutes les voix officieuses, partisanes, généralement adeptes de la politique politicienne. Lounis constate que les brasseurs de vent « viennent, promettent. Et reviennent, oublient. Et disent, c’est ainsi que se font les choses ». Nul acteur politique n’est épargné, et c’est justement ce que certains reprochent à Aït Menguellet : son manque d’engagement. Il rétorque qu’il n’est pas chanteur engagé par vocation. Lui, il est humaniste, rebelle, observateur et porte-voix des petites gens, des humbles, de toutes ces voix écrasées par toutes sortes d’hégémonies, que l'on ne laisse jamais s'exprimer.

Un poète à la voix envoûtante

Ni philosophe, ni penseur, tout juste poète (« on me le dit si souvent que je commence à y croire »), Lewnis s'interdit, dans ses chansons, de donner des leçons. « Je ne fais que de l’observation. Elle peut être juste ou fausse. Mes mots ne sont pas des vérités générales. Mais, quand je les dis, ça me fait du bien ». Avec des mots simples, il raconte la vie des gens simples qu'il côtoie, et sait transmettre une émotion qui touche un public de plus en plus nombreux, qui se presse à ses concerts. Et, avec modestie, il ajoute : « Je suis un homme ordinaire, plus ordinaire que les ordinaires ».

La voix envoûtante et profonde de Lewnis AT MANGUELLET porte un chant qui vient du fond des âges ; c'est celle des troubadours du Moyen Âge, celle des musiciens traditionnels de tous les peuples qui ont su préserver leur âme. Par sa seule magie, cette voix chaude transporte ceux qui l'écoutent au cœur de la Kabylie. Troubadour, chanteur-compositeur, Aït Menguellet perpétue cette tradition orale des montagnes kabyles qu'a si bien mise en évidence avant lui le grand poète Si Mohand, décédé en 1906, et qu'a chantée Taos Amrouche, sœur du poète Jean Amrouche, décédée en exil, en Tunisie.

Le chantre de la chanson kabyle

Lounis Aït Menguellet en concert, Roubaix, juin 2003
(Photo extraite du site « « Convergences »)

Lewnis AT MANGUELLET part sans cesse à la source pour puiser « une prose littéraire orale, cette prose amazigh traditionnelle dans ses différentes formes d’expression autour desquelles a évolué la mémoire collective de la société », fait remarquer Mohammed Djellaoui, auteur d'un essai sur la poésie d'Aït Menguellet, et il ajoute que le poète « met la légende et la vertu au service d’une cause ».

Cette cause, c'est celle de la culture berbère. Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle, grâce à Lewnis AT MANGUELLET, a renoué avec le fonds traditionnel berbère qu'a chanté avant lui Slimane Azem, interdit d'antenne dans son pays durant plus de vingt-cinq ans. L'auteur de « Asefru » a su créer des formes et des structures propres à sa poésie en jouant sur l’ambiguïté de sens des mots qu'il utilise, permettant une interprétation pluridimensionnelle de la part de ses auditeurs.

En avril 1980, lorsque le wali de Tizi Ouzou décida d'interdire une conférence de l'anthropologue Mouloud Mammeri sur « La poésie ancienne des Kabyles », la population de la ville, puis des régions avoisinantes, sans parler d'Alger, où les Kabyles sont majoritaires, se souleva, à l'appel des étudiants, pour défendre, à travers les poètes anciens, la langue des ancêtres. L'un de ses défenseurs les plus ardents fut Aït Menguellet :

« Reconnais ce qui est tien
Prends garde de ne jamais l'oublier!...
Langue kabyle
Celui qui t'aime
Te sacrifie sa vie
Il te vénère
Et pour toi garde la tête haute
C'est grâce à tes enfants
Que l'Algérie est debout. »

« Pourquoi cette véhémence ? » se demande l'écrivain Kateb Yacine dans la préface qu'il écrivit en 1989 pour le livre de Tassadit Yacine « Aït Menguellet chante », et il répond : « C'est que tamazight, notre langue nationale, depuis des millénaires, est à peine tolérée, pour ne pas dire proscrite, dans l'Algérie indépendante ! ».

La puissance des chansons de Lounis réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe : « La paix demande la parole : je suis contrainte de t'abandonner, pays pour qui j'ai l'âme en peine / Ils m'aiment en me comparant à une perdrix / Belle quand je leur sers de festin… », dit l'un de ses textes. Ou cet autre, qui clame : « Nous avons chanté les étoiles, elles sont hors de notre portée / Nous avons chanté la liberté, elle s'avère aussi loin que les étoiles ».

Conscient du rôle essentiel joué par la chanson pout le maintien et la sauvegarde de la langue kabyle, Lewnis AT MANGUELLET effectue, au travers de ses chansons - dans lesquelles le texte et la langue tiennent une place primordiale - un véritable travail de mémoire pour sa langue maternelle. La défense de sa langue est l'une de ses raisons de vivre : « La chanson a toujours porté à bout de bras l’âme kabyle, l’essence algérienne. Il y a plein de Kabyles qui ont appris leur langue grâce à la chanson ». Les mots du kabyle lui parlent et il continue à en découvrir : « La langue, c’est la mère, la terre ».

Chanteur à textes, Lewnis AT MANGUELLET n’en a pas moins introduit une recherche musicale plus élaborée dans ses chansons depuis que son fils Djaâffar, musicien lui-même, fait partie de son orchestre, qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).

À propos de la chanson kabyle, Lewnis AT MANGUELLET considère qu'elle se porte plutôt bien, dans la mesure où il y a toujours de jeunes artistes qui émergent. « Il y a d’un côté, la chanson rythmée que demandent les jeunes, mais il y a aussi le texte qui reste une chose fondamentale dans la chanson kabyle», souligne le poète pour qui la chanson engagée est avant tout une liberté d’expression.

De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.

Hommage de Kateb Yacine

Dans un texte à propos de la défense de la langue kabyle, le grand écrivain algérien Kateb Yacine, décédé en 1989, rend hommage à Lounis Aït Menguellet :

« (…) Et comme l'ignorance engendre le mépris, beaucoup d'Algériens qui se croient Arabes - comme certains s'étaient crus Français - renient leurs origines au point que le plus grand poète leur devient étranger :

J'ai rêvé que j'étais dans mon pays
Au réveil, je me trouvais en exil
Nous, les enfants de l'Algérie
Aucun coup ne nous est épargné
Nos terres sont devenues prisons
On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent, s'ils répondent,
Puisque nous sommes là, taisez-vous !

Incontestablement, Lewnis AT MANGUELLET est aujourd'hui notre plus grand poète. Lorsqu'il chante, que ce soit en Algérie ou dans l'émigration, c'est lui qui rassemble le plus large public ; des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents :

Dors, dors, on a le temps, tu n'as pas la parole.

Quand un peuple se lève pour défendre sa langue, on peut vraiment parler de révolution culturelle  »

Kateb Yacine (Extrait de « Les ancêtres redoublent de férocité »).

Discographie

La discographie de Lounis Ait Menguellet comporte à peu près 222 chansons

  • 1967-1974 : Période des 45 Tours, environ 70 titres.
  • ( 1975 ) : Telt yam - Taghzalt 33 tours voix du globe edition brahim ounasser
  • 1978 : Live à l'Olympia

Bibliographie

  • Tassadit Yacine, Aït Menguellet chante, Préface de Kateb Yacine, Paris, la Découverte, 1989.
  • Mohammed Djellaoui, L’image poétique dans l’œuvre de Lounis Aït Menguellet - Du patrimoine à l’innovation (Essai) - Éditions Les Pages Bleues, Alger, 2005.
  • Chabane Ouahioune, Randonnée avec Aït Menguellet, Alger, éd. Inayas, 1992.
  • Moh Cherbi & Arezki Khouas "Chanson kabyle et Identité berbère" 1998
  • Belkacem Sadouni "Traduction des textes en arabe" 2009
  • Farida Aït Ferroukh "Situation d'impasse et agents de la culture", Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires. Balises pour une histoire littéraire (A. Bererhi, B. Chikhi éds). Blida, Mauguin : 2002.
  • Ali Chibani, Tahar Djaout et Lounis Aït Menguellet. Temps clos et ruptures spatiales, Paris, L'Harmattan, 2012. [1]

Abranis

  est un groupe de rock d'algérie de musique kabyle fondé en 1967 et qui connut un grand succès en Algérie mais également en Europe, dans les années 1970, 80 et les 90.

Le groupe a été créé en 1967 par Sid Mohand Tahar dit Karim Abranis, chanteur bassiste. C'est en 1973 qu'il concrétisa avec ses amis Samir Chabane batteur, Madi Mahdi guitariste et Shamy el Baz organiste.

Sommaire

  • 1 Première époque : les années psychédéliques
  • 2 Seconde époque : les années Jazz-Rock
    • 2.1 Album Abranis 77 (1977)
      • 2.1.1 Tacklisting de l'album Abranis 77
    • 2.2 Album Imité Tayri (1978)
      • 2.2.1 Credits de l'album "Imité Tayri"
      • 2.2.2 Tracklisting de l'album "Imité Tayri"
    • 2.3 Album "Amqsa d yizem" (1980)
    • 2.4 Album "Id Was" (1983)
  • 3 Troisième époque
  • 4 Biographie officielle 2010
    • 4.1 Historiques de la formation
      • 4.1.1 2008 (formation)
      • 4.1.2 2007
      • 4.1.3 De 1973 à 2011
  • 5 Bibliographie

Première époque : les années psychédéliques

1967, deux ans avant Woodstock, sid Mohand Tahar (Karim Branis) et Shamy El Baz Chemini se rencontrent au cours d'une partie de flipper dans un des quartiers populaire de Paris. Deux jeunes adultes grandissent avec les images d'Elvis Presley au cinéma et la lecture de magazines comme Salut les copains. Élevés aux mamelles de groupes comme les Doors, les Who et Grateful Dead, ils veulent devenir rocker.

C'est dans l'avion en direction d'Alger, en 1973, pour participer à un festival que les membres du groupes choisissent le nom de Branis en référence à la tribu berbère des Branis citée par l'historien Charles-André Julien. C'était un défit à l'orientalisme qui frappait la société algérienne sous l'influence du pan arabisme égyptien de Nasser. Oum Keltoum était présentée comme la référence musicale incontestée et même les artistes kabyles sombraient dans l'orientalisme. La musique des Abranis était un défit à l'idéologie dominante. À une époque où il n'était pas de bon ton de prononcer le moindre mot en berbère, les Abranis affichaient une berberité décomplexée, naturelle sans être ostentatoire. Cependant sur place, le nom ne sonnant pas assez algérien aux yeux du régime, les membres du groupe ajoutèrent un A avant Branis, ce qui donne le nom d'Abranis. Et c'est sous ce nom qu'ils remportèrent le prix du Festival à la surprise générale.

Dans la foulée, ils enregistrent leur premier 45T, avec le label Oasis, dans lequel figure les titres Athejeladde en face A et Itri lfjer en face B. Ce premier 45T sortira en 1974 sous le nom de El Abranis. Selon le leader du groupe, il s'agit d'une décision unilatérale d'Oasis.

L'année 1975 fut d'une grande richesse, avec l'enregistrement de 3 nouveaux 45T et d'un album sur cassette. Deux 45T chez le label La voix du Globe, avec le titre culte Thalite en Face B, et la toute première version de leur célèbre tube Linda. Un autre 45T sort, chez le label Cléopatre, ainsi que leur premier album.

Ils enregistrent aussi 2 scopitones, l'ancêtre du video clip, avec les Clodettes.

Seconde époque : les années Jazz-Rock

En 1975, après la tournée en Algérie, le groupe se scinde en deux.

Samir Chabane (le batteur) et Madi Mahdi (le guitariste) fondent alors un autre groupe du nom Syphax. Ils sont rejoints par le dernier membre du groupe Maklouf, et un chanteur du nom de Samy.

Des Abranis d'origine, ne restent que Karim, qui devient guitariste et Shamy l'organiste. D'autres musiciens vont les rejoindre.

Album Abranis 77 (1977)

En 1977, parution d'un 45T et d'un album vinyle 33T, Abranis 77, chez Bordj El Fen, un label algérien. Musicalement, le groupe prend le contrepied de la déferlante disco de la seconde moitié des années 1970. Le style a beaucoup changé, rythme plus lent, textes plus profond, et tentative de fusionner rock et chaabi. L'un de leur plus grand succès le très rock "Cnaɣ lblues" triomphe sur les ondes. Et le groupe découvre la censure sur le morceau Yemma sur la face B du 45T. L'album est enregistre en France, au studio Citeaux. Lors de l'enregistrement de l'album, Karim enregistre lui même plusieurs instruments : Chant, guitare solo, rythmique, basse et batterie. La participation de nombreux musiciens vont contribuer à la coloration chaabi de l'album, comme Mohamed Salahedine à la Sitare, Arif Kendouci, Noumil Mouloud & Rami Mustapha aux violons, Emile Mayons au heaubois, Makhelouf à la basse, Smail Slimani au Houd et Hocine Staifi au derbuka.

Tacklisting de l'album Abranis 77

Face A : A YEMA / RAS JARREHAR / DDELVARE / ESMAH

Face B : CHENAR LBLUES / ESTASRRIH NEVRA ANSARRAH / ELIR DDEL VEZE ERRTHAHAR / AYAHVIVE THEGHZEMDD OULIW / IADA FELAKHE ZMAN

Album Imité Tayri (1978)

En 1978, sortie du 3e album Imité Tayri, toujours chez Borj El Fen. Cet album est à l'opposé du précédent "Abranis 77", sorti tout juste une année auparavant, laissant un impression partagée entre des morceaux légendaires comme le très bluesy "Cnaɣ lblues" et les titres aux sonorités chaabi.

Pour cet album, le groupe s'est entouré de musiciens de la scène jazz, avec entre autres, le bassiste Yannick Top du célèbre groupe Magma. Le pianiste Marc Goldfeder. Le bassiste de Jazz Tony Bonfils. L'album "Imité Tayri" est un sublime album aux sonorités Jazz-Rock dans lequel alterne les très festifs "Eɣedder Amerrzu", "Tameɣra", "Amjahe", "Tassusmi" et des morceaux au tempo plus lents avec "Aqessam", "Ayen ɣizin", "Lqum agi" (le désenchantement de cette génération) ...

Credits de l'album "Imité Tayri"

Studio : Davout. Production Bordj Elphene 1978 Chant, guitare solo, percussion : Karim Abdenour Batterie : André Sitbon Guitare basse : Tony Bonfils, Yannick TOP Piano : Marc Goldfeder Cordes : Quatuor de l'Opéra de Paris, Clavier, guitare acoustique : Shamy Lvaz Saxo & flute : Alain Hotot Trombone : Alex Perdigon Trompette : Caco Bessop Prise de son : Christian Arrangements & mixage : Jean- Michel Hervé ,

Tracklisting de l'album "Imité Tayri"

Album "Amqsa d yizem" (1980)

En 1980, Arezki Baroudi, le batteur, et Hachemi Bellali, le bassiste, rejoignent le groupe Abranis. Sortie du 4e album, "Amqsa d yizem" chez "Numidie Music".

Album "Id Was" (1983)

lus tard en 1983, le français Yannick Guillo guitariste rejoint le groupe. Parmi les principaux tubes des Abranis : Linda, Wali Kan, Tizizwa ou encore Avehri.

Alors que le groupe ne s'était pas produit depuis 1983, les Abranis, précurseur du genre rock-pop en Algérie, font un retour triomphal en 2007 le 29 mars dans l'émission Ighw zif a yid (« Retiens la nuit ») avant de lancer en juin 2008 une nouvelle grande tournée dans le pays qui fut un vrai triomphe.

Biographie officielle 2010

Historiques de la formation

  1. 2011 formation actuel: karim (chant)youva(guitare)samir(clavier)Idir (guitare)redouane(basse)Nabil(percu)yassine(batterie)#

2008 (formation)

  1. Karim Abranis (Chant + Guitare électrique) (studios, concerts)# Belaid Branis (Guitare acoustique + Chant) (concerts)# Yuva Sid (guitare solo + Chœurs) (concerts)# Redouan Nehar (Basse) (concerts)# Behik, Abdelhak Ziani (Batterie) (concerts)# Nabil Laâzri (Percussions) (concerts)# Samir Sebbane (claviers) (concerts)# Tinhinan Mohammedi (Chorale) (concerts)# Saida (Chorale) (concert)

2007

  1. Karim Abranis (Chant + Guitare électrique) (studios, concerts)# Behik, Abdelhak Ziani (percussions)(concerts)# Arezki Baroudi (Batterie)(studios, concerts)# Maurice Zemmour (bassiste)(concerts) Belaid Branis (Guitare acoustique + Chant)(concerts)# Rabah Tissilia (claviers(concerts) # Yannick Guillo (guitariste)(studios, concerts).

De 1973 à 2011

  1. Missoum (claviers) concerts 2005# Zinou (bassiste) concerts 2004-2006# Otto (bassiste) concerts 81-82# Ester Wilson (percu.) concerts 80-81
  2. Dédé Ceccarelli (batteur) studios 83-87# Tony Bonfils (bassiste) studios 83-87# Jean Claude Chavanat (guitariste) studios 83# Rabah Khalfa (percu.) concerts, studios 80—87# André Sitbon (batteur) studios 78# Hachemi Bellali (bassiste) concerts, studios 80—87# Yurgen Routh (sax.) concerts, studios 85-86# Shamy El baz (claviers) concerts, studios 73—93# Coco Bessop (cuivre) studios 78# Daniel Pedron (batteur) studio 79# Makhlouf (bassiste) concerts, studios 74-75# Yannick Top (bassiste) studios 78# Basker Saint Jean (batteur) concerts 84# Mouloud Fouhane (batteur) concerts, studios 84-86-2005# Marc Goldfeder (piano) studios 78# Papou (percussion) studios 93# Jean Michel Hervé (sax.) studios 78# M’hana tigrini (guitariste) concerts 79# Daniel hervé (cornemuse) studios 80# Bruno Rebriera (flute) studios 80# Didine (claviers) studios 93-94# Alex Perdegon (cuivre) studios 78# Jean Claude Meisielman (piano) 80# Omar meguenni (guitariste) studios 80# Alain Hatot (cuivre) studios 78# Yazid Bourri (bassiste) concerts 86-87#Yassine Heddad (batteur,scène)#Idir Mouhia (guitare,scène)2010-2011

 

site officiel :http://www.abranis.com/

Rédigé par Guerri

Publié dans #chants et musiques amazigh