Historique

Publié le 18 Août 2014

Situation

Située entre la mer et la montagne dans la vallée de la SOUMMAM, la ville a été la capitale des HAMMADITES qui cherchaient un site leur permettant une ouverture vers le monde.
BOUGIE est la forme française de BEJAÏA qui tire son nom d’une tribu berbère qui occupa, un temps, l’antique SALDAE. Cette tribu produisait une cire de grande qualité très recherchée en Europe.
(Au XIVe siècle la chandelle de Bougie traverse la méditerranée. Elle remplace progressivement en Europe la lampe à huile et le cierge de suif mais reste encore un produit de luxe)

 

Histoire ancienne

Peu de Cités eurent des fortunes aussi diverses que Bougie.

Tour à tour visitée par les galères carthaginoises et phéniciennes, occupée par les Romains qui, sous le nom de Saldae, en firent une colonie florissante, puis par les Vandales dont le Roi Genséric en fit une capitale, Bougie connut successivement les invasions berbères, espagnoles et arabes avant d'être conquise en 1833 par les troupes françaises en même temps que le reste de l’Algérie.

Les Carthaginois y installèrent les premiers des Emporia, des dépôts de marchandises. Puis les Romains, après la chute de Carthage, y fondèrent la colonie florissante de Saldae, rétrocédée par la suite par Auguste, au Roi de Mauritanie.
L'aqueduc venant de Toudja reste le plus important vestige de cette colonie. Les navires de tous les pays latins du monde : Bysacium, Carthage, Sardaigne, Sicile, Italie y apportaient des produits de toutes sortes.
Du Sud, de Cirta, de Sitifis et de Rusuccurus affluaient les acheteurs. Cette atmosphère était favorable à l'expansion du catholicisme qui s'implanta dans cette région et Bougie devint le siège d'un évêché assez important.
Les Vandales, alors en Espagne, accoururent à Bougie à la demande de Boniface, Gouverneur de l’Afrique du Nord et Genséric en fit, au cours de plus d'un siècle de domination sinon la capitale, désignée sous le nom de Gouraïa, du moins un des sièges principaux de son Gouvernement.
Mais les Vandales, les Barbares, les Goths et les Alains auxquels se joignirent bientôt les Maures, furent chassés de l'Afrique du Nord par une coalition de montagnards et de berbères et l’empire Vandale fut renversé. L'histoire de Bougie depuis et pendant la période gréco-bysantine devient très obscure, son rôle fut effacé.

A partir de 644, les Arabes arrivent au Maghreb conduits par les khalifes Omeyyades ; ils avancent de plus en plus vers l'Ouest et Bougie passe sous la domination des dynasties musulmanes. Mais ce n'est qu'après le longues luttes et d’incessantes révoltes que la Cité fut soumise à l’islamisme par le célèbre Moussa ben Noseir qui en fit une sorte de capitale. Il la reconstruisit complètement sur l'emplacement de l'ancienne ville romaine, dont il étendit les limites jusqu'au flancs extrêmes du Gouraya. Il lui donna le nom de d' En-Naceria, mais ce fut celui de Bedjaïa (les survivants), tiré de la tribu berbères qui vivait dans la localité, qui passa à la prospérité. Puis, il laissa le trône à son fils El-Maçour, qui transporta à Bougie le siège de son gouvernement et en fit la capitale de l'empire hammadite. Il y construit des palais somptueux, notamment ceux de la Perle et de Hamimoun, des moquées et des écoles, et à cette époque c'est à dire vers l'an 1100, la ville fut le centre le plus important du mouvement intellectuel de l'Afrique du Nord. On y comptait 8 000 maisons, 50 mosquées qui s'étageaient depuis le rivage jusqu'au haut des flancs du Gouraya, dans un fouillis de verdure, de bouquets d'oliviers, d'orangers et de grenadiers.
En-Naceria possédait aussi un grand nombre de savants théologiens et de marabouts vénérés, notamment Sidi-Touati et Sidi-Yahia, dont les tombeaux, qui ont résisté aux ravages des siècles, sont l'objet de culte de toutes les races berbères qui environnent Bougie, et lui ont fait donner le nom de Petite Mecque (Mekka Sghira).

C'est à partir de cette époque, qu'on l'appela Bugia en espagnol et Bougie en français. Après le renversement d'Abd el Moumen, au début de 1510, les Espagnols font voile vers Bougie qui semble attirer leur convoitise ainsi qu'il ressort de la chronique d'un vieil auteur flamand :

… la Ville de Bougie, que les Arabes appellent Bigeya ou Bugeya, est située près de la Mer Méditerranée sur la pente d'une grande montagne. Elle est de la fondation des Romains et entourée de bonnes et hautes murailles. Elle était fort peuplée. Environ de l'an 1510, il y avait huit mille maisons. Il y a une baie devant la ville qu'on nommait anciennement le golfe Numidique. Il y a plusieurs mosquées collèges, cloîtres, auberges et hôpitaux, un beau marché, une bonne citadelle entourée de murailles qui sont embellies de lettres et de figures sur les plâtres et sur les bois en reliefs, avec tant d'art qu'on croit que ces enjolivements ont plus coûté que la forteresse elle-même… 

Tout y atteste l'abondance et le bien-être. La Ville ne renfermait pas moins de 18 000 habitants.
Don Pedro de Navarre entra dans celle-ci sans coup férir, fit construire le fort Moussa et jeta les fondements de la Casbah qui ne fut achevée que sous Charles-Quint.

Présence turque

Bougie 1830.jpg

L'empire hammanite s'effondra au milieu du XIIe siècle et Bougie, fut colonisée par les Turcs, devenue dépendance de l'Empire Ottoman

Elle se transforma deux siècles plus tard en un repaire de corsaires (les frères Barberousse), dont les actes de piraterie nécessitèrent l'intervention des Espagnols qui, en 1501, sous la conduite de Pedro Navaro, s'emparèrent de la ville.

Dès qu'il fut maître de la ville, Pedro Navaro s'occupa de la fortifier. Il construisit sur l'Esplanade du Palais de l'Etoile le fort de Barral, puis celui de la Kasbah et restaura le fort Abdelkader. Les Espagnols ne jouirent guère de leur conquête car ils durent l'abandonner en 1555, époque à laquelle Salah Rais, pacha d'Alger, reprit Bougie pour le compte du Sultan Turc Ottoman de Constantinople.

En 1555, le Dey d'Alger, Salah Rais, prépara une expédition contre Bougie, s'allia avec les Berbères et s'empara de la Ville après un siège de 22 jours. C'est alors qu'une nuée de corsaires firent de la ville, leur havre de prédilection, qui motiva, en 1644, une expédition d'ailleurs inopérante, des troupes françaises contre la Ville.
Sous la domination turque, Bougie tomba en ruines et ne fut plus qu'une base de ravitaillement pour les corsaires. En 1830, Bougie comptait 2 000 habitants et 60 soldats turcs.

Présence française

1830 -1962 ALGERIE

Ce ne fut qu'après la conquête d’Alger que Bougie devait s'épanouir sous les plis du drapeau tricolore.
En effets le 22 Septembre 1833, le Général Trezel s'empara des Forts Abdelkader, Moussa et de la Casbah et après quatre jours de lutte acharnée et de combats de rues, les troupes françaises devinrent maîtresses du lieu.
Placée sous contrôle militaire, l’Administration de Bougie fut souvent inquiétée par les tribus avoisinantes des Beni Mimoun, Beni Messaoud, Beni Abbas. Leur chef Ould ou Rabah exerçait sur les Kabyles une grande influence et son autorité s'étendait particulièrement dans toute la vallée de la Soummam.
Après de nombreuses tentatives d'insurrections, toutes vouées à I’échec, il préféra la paix et accepta les bases d'un traité qui mettait fin aux hostilités. Le 9 avril 1835, la paix fut définitivement assise. L’Administration Militaire céda ses pouvoirs à l'Autorité Civile et la Commune de Bougie fut créée et lui succéda.

Le développement de Bougie et de la région, au point de vue de la colonisation, demeura stationnaire jusqu'à l'insurrection de 1871 dont la répression fut suivie du séquestre de partie de territoire des tribus révoltées, qui furent rattachée au domaine.

L'amiral de Gueydon, alors Gouverneur général de l'Algérie, aux yeux duquel Bougie était destiné à devenir, en même temps temps qu'un centre important de colonisation de premier ordre, doté d'un grand port de guerre, fit de cette ville le siège du chef-lieu d'arrondissement et d'un tribunal.

Son importance commerciale et économique s'accroit chaque jour par la création de nombreux gisements miniers, la beauté de la nature pour les touristes, dont l'accès est facilité par de constantes améliorations des voies de communications déjà existantes et par l'ouverture d'hôtels de premier ordre.(Royal Hôtel)

La ville est bâtie en amphithéâtre sur le flanc oriental du djebel Gouraya, montagne de 600 mètres d'altitude

Au centre du nouveau port, actuellement aménagé pour recevoir des navires de plus fort tonnage, on rencontre la porte Sarrazine

  • Source : Extrait partiel de la Revnue P.N.H.A n°117

Construction du port pétrolier

L'œuvre de Gaston Thomson, Ministre de la Marine poursuivie par Georges Leygues et son ami le Maréchal Franchet d'Esperay qui dès 1925 estimèrent qu’il fallait transférer le flotte de Toulon à Bougie ! Juste en face.
C’est ainsi que commença la construction de la grande digue en eau profonde qui fermait la baie de Sidi-Yahia au pied du Cap Bouak.
Un grand abri pour sous-marins était prévu sous le Cap avec deux entrées, une vers le Port, l’autre vers le large.
L’arrière-port fut construit comme base aéronavale avec bouées d’ancrage pour les hydravions Goliath et CAMS 53.
L’arsenal de Toulon devait être transféré en dix années sur les terrains où se trouvent désormais les grands réservoirs à pétrole de Hassi-Messaoud (autrefois c’était un immense dépôt d’ordures ménagères de toute la région de Bougie). Gaston Thomson se déplaça souvent à Bougie dans le cadre de l’étude du futur port.
Vers 1930, le scandale du Port de Bougie avec l’assassinat du comptable Treuillon par le chef de chantier Bendinelli, la disparition totale de la comptabilité brûlée dans le foyer d’une locomotive Pingueley, provoqua un scandale financier énorme.
Les travaux furent stoppés. Une partie des crédits prévus fut affectée à Mers-el-Kébir qui démarra son développement. Par la suite Bougie ne fut qu’un relais entre Bizerte et Mers-el-Kébir.
De nombreux hydravions y firent escale sur un plan d’eau calme et libre de 3 000 mètres d’Est en Ouest avec décollage au dessus de la grande digue. Certains s’en souviendront.

C’est ainsi que Bougie hérita d’un avant-port qui ne servit en définitive qu’au moment de la mise en chantier de l’extraction du pétrole d' Hassi-Messaoud en 1958 avec la construction du pipe-line reliant les deux villes.


Bougie en pleine croissance démographique comptait une population d'environ 45.000 habitants peu avant l'indépendance.

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Rédigé par Guerri

Publié dans #Bejaia et son histoire

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