Boudjellil : Patrimoine et Culture

Publié le 20 Avril 2016

Qui aurait cru que notre travail de localisation des manuscrits de langue berbère nous conduirait à Boudjellil. Les archives du célèbre poète Cherif Kheddam nous indiquaent pourtant cette piste. La découverte d’un petit traité de Tawhid (en langue berbère), rédigé à la Zaouia - Timâmmart de cheikh Oubelkassem confirme cette tendance à l’écriture chez les lettrés de cette région.

« C’est donc cela Boudjellil, le lieu du savoir, de l’ouverture, de la promotion sociale« . Déjà au 18è siècle, le célèbre voyageur L’Hucin El-Wartilani (1713 – 1779) évoquait dans sa Rihla l’érudition des Chorfa de Boudjellil. Les traditions d’enseignement datent donc de  cette époque. Mais c’est effectivement Cheikh Oubelqassem (1826 – patrimoine04.jpg1898), détenteur d’une célèbre Idjaza (diplôme) de Cheikh Aheddad qui les pérennisera. C’est aussi de cette même région que procède Tassadit Yacine – Titouh et d’autres encore.

Le patrimoine matériel et immatériel de Boudjellil sera revisité lors d’un workshop sur les manuscrits de la ngue berbère (dans le cadre du projet de recherches FSP « Modes de production et de transmission de la culture dans les sociétés Berbères« )  et d’une rencontre autour d’eouvres contemporaines diverses et novatrices (Programme Assirem – Gehimab, en collaboration avec l’Apc de Boudjellil).

« Boudjellil est un village de la plaine. Dès l’abord, le paysage parait austère, voire hostile. Il n’y a point de verdure, point d’eau. La terre blanchâtre, les oliviers rabougris, les figuiers chétifs décorent le paysage. Tout est généreusement brûlé par le soleil. Des mamelons saupoudrés d’une péllicule de schiste grisâtre rompent cependant la monotonie du paysage. A l’extérieur du village, ici et là, des touffes d’alfa montrent agressivement leur barbe réactualisant le mythe d’Aubépin avalé par la terre qui, en guise de souvenir, laissa germer ses poils. Au fond, la chaîne des Portes de Fer, l’antique Mons Ferratus, expose ses dents de scie, témoigne de la mémoire de ses gardiens ». « Les portes, tiggura, étrange lieu symbolique pour un jeune en quête de science ». 

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Timâmmart n’Cheikh Ou Belqassem

« Boudjellil symbolise une Timâmmart célèbre dans la région, d’bédience Rahmanyya« . Cette zaouia a été fondée par Cheikh OuBelqassem dans la seconde moitié du 19è siècle.

patrimoine06.jpgCheikh Boelqassem al-Boudjellili (1829 – 1898), a fait ses études puis a enseigné à la zaouia -Institut d’Illula (Bouzeguène). Il fait partie de la Silsila de Cheikh Aheddad. En effet, il a obtenu de ce dernier une célèbre Idjaza (diplôme). Cheikh OuBelqassem a joué un rôle essentiel dans la pérennisation de la Tariqa Tarehmanit – Rahmanya après l’insurrection de 1871. Il est l’auteur de trois ouvrages (Qira’at et grammaire). Son Tabsirat fi `Ilm al-Qira’at a été lithographié en 1327h.

La zaouia comptait vers les années 1930 près de 130 élèves venus de différents endroits (Kabyles du Djurdjura, des Ath Abbas, arabophones de Msila, Bordj Bou Arreridj, Sidi AÏssa, Ouled Dellal). On y parlait autant  le Berbère que l’Arabe. Les arabophones se mettaient se mettaient sans difficulté au Berbère : un climat de fraternité réganit entre les élèves, quelle que soit leur origine sociale ou leur spécificité linguistique.

Chérif Kheddam et Timâmmart n’Cheikh Oubelqassem

patrimoine18.jpgpatrimoine17.jpgLe témoignage du célèbre chanteur Cherif Kheddam permet d’avoir une idée précise de la vie à la Zaouia de Boudjellil dans les années 1936. « C’était une retraite, un monde bien particulier« . L’institution était fondée sur un système à la fois hiérarchisé et communautaire. On y entrait d’abord comme aqedach, « serviteur, apprenti, coursier » en même temps qu’élève. Ce dernier était astreint aux premiers balbutiements du Coran, mais aussi à une initiation à la vie tout court. Par contre, ce sont les Talebs (deuxième catégorie) qui roulent le couscous, pétrissent la galette et se chargent de faire la cuisine.

patrimoine19.jpgpatrimoine20.jpgLes élèves doivent apprendre à dépasser l’ordinaire, le naturel pour se situer à un niveau supérieur où règne la spiritualité.  Si Cherif considère encore aujourd’hui que la vie à la Zaouia était austère, il n’en demeure pas moins qu’il reste attaché à l’esprit de communion par le chant qu’il y avait connu. Une pensée pour les folles années :

 

 

Ah ! Combien il est agréable d’être jeune

Quand mon coeur était sincère

Et mon esprit joyeux

Même nu ou déchaussé

Nous suivions à la trace la vie

Elle, enragée va à toute hâte

Seul l’homme patient triomphe d’elle (poème 19).

 Les écrits de langue Berbère de la Kabylie

patrimoine21.jpgDes chercheurs réunis dans le cadre du projet FSP « Modes de production et de transmission de la culture dans les sociétés Berbères » réflechissent sur la langue et ses modalités de transmission. Ils ont pour souci majeur de localiser les documents écrits afin de rétablir la chaîne de transmission culturelle. Sa reconstitution devrait permettre de connaitre une histoire, une mémoire et bien entendu les structures sociales et menatles qui les sous-tendent.

La découverte d’un manuscrit de langue Berbère à Timâmmart n’cheikh Oubelqassem – Boudjellil complète la liste des manuscrits localisés ces dernières années en Basse-Kabylie [cf. Djamil Aissani, les écrits de langue Berbère de la collectio Ulahbib, revue internationale (Etudes et Documents Berbères), n° 15-16, Edisud, Paris, 1998, pp 81 -  99].

 

 

 

 

 

Le projet Assirem – Gehimab (02 volets)

1. Il s’agit de doter la bibliothèque de Boudjellil d’un fond documentaire très fournit dans le domaine Berbère (Collection personnelle de Tassadit Yacine et des Amrouche). Pour la gestion de ce fond, une action de formation sera initiée (convention avec la municipalité d’El-Flaye – Mlle Chelbi).

2. Le 2ème volet consiste à créer une section d’astronomie au niveau d’Assirem. Les membres de ce club participeront au salon de l’Astronomie n’Bgayet (31 mai – 02 juin) et seront assistés par M. Mohand-Arezki Benhocine (de l’observatoire de Bouzereah); La documentation sera fournie par l’Association des Astronomes Amateurs n’Bgayet et le matériel d’observation sera obtenu par sponsoring de l’entreprise Djoua Production (Convention avec A.S.A.A n’Bgayet).

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Rédigé par Guerri

Publié dans #Bejaia et son histoire

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