La destruction du village d’Akalous (1re partie)

Publié le 28 Décembre 2015

vLa légende n’a pas retenu ni son nom, ni celui de sa bien-aimée. Tout ce que l’on sait c’est qu’il était forgeron dans un village dont l’emplacement, à notre connaissance, n’a jamais été localisé avec exactitude. Tantôt on le situe du coté de Aïn El Hammam, tantôt du côté de Draa El Mizan. On ne sait pas non plus à quelle époque ont eu lieu les événements de cette histoire devenue légendaire. Le plus important ne réside peut-être pas là mais dans ces fragments de récit que l’on se raconte encore de nos jours et qui illustrent de fort belle manière ce dont est capable un homme blessé dans son amour-propre.

 

Les forgerons – et cela était valable dans toutes les groupements humains et toutes les aires culturelles- occupaient autrefois un rang très important au sein de leur communauté. C’étaient eux qui fournissaient à la société à laquelle ils appartenaient toutes les armes et les outils dont elle avait besoin. De son savoir-faire et son labeur dépendaient totalement le bien-être des gens avec qui il vivait.

A Akalous, il y avait un jeune forgeron qui réalisait des merveilles avec les minerais qu’il arrachait des entrailles de la terre et qu’il travaillait et façonnait à coups de marteau au milieu d’un feu insoutenable et d’une fumée qui ne l’indisposaient pas parce qu’il les côtoyait depuis longtemps.
Il était encore enfant lorsqu’il avait remplacé son père, mort très tôt (*). Le jeune enfant, conscient de son immense devoir vis-à-vis de son village, s’était mis à travailler d’arrache-pied avec ses petites mains… Il s’y prenait si bien qu’il ne s’était pas écoulé plus d’une année qu’il avait déjà acquis la force et l’endurance nécessaires pour ce genre de métier.

Le temps passa. Le forgeron-enfant était devenu un homme d’une très grande force. A tel point que tous les jeunes hommes de son village le jalousaient. Quant aux filles, toutes celles qui le croisaient n’avaient qu’un seul rêve: devenir son épouse ! Ah ! Qu’elle serait heureuse celle qui partagerait la vie d’un tel homme ! Il était grand, fort, beau, besogneux et, surtout, c’était un homme important au village.
Le forgeron d’Akalous avait une mère et deux sœurs. Toutes les filles et les mères du village cherchaient leur compagnie et redoublaient d’ingéniosité pour leur être agréables afin de les inciter à faire pencher le cœur du forgeron de leur côté.

Puis, vint le jour où le regard du jeune homme rencontra celui d’une jeune fille du village. Son cœur de muscles et d’acier s’était mis à battre très fort. Elle lui avait souri. Cela n’arrivait pas souvent dans un pays où la pudeur empêchait les femmes de lever les yeux sur les hommes. Cette fille-là avait osé. Elle avait bravé un tabou. Elle n’avait pas eu peur d’exprimer ce qu’elle éprouvait au plus profond de son être. A son tour, le jeune forgeron avait prit son courage à deux mains et lui avait demandé qui était son père. Quand elle eut répondu, il lui sourit de nouveau et elle s’en alla en courant. Autrefois, c’était ainsi que les jeunes gens en âge de se marier communiquaient. Courir signifiait, entre autres, que la fille était pressée, non pas d’arriver chez elle, mais de trouver un époux…Et cet époux, c’était celui auquel elle avait souri avant de se mettre à courir! Cela signifiait aussi qu’elle était pressée de rentrer pour éviter que d’autres regards masculins se posent sur elle.

Le soir même, le jeune forgeron parla de cette fille-là à sa mère. Celle-ci, après avoir entendu son fils, se frappa la poitrine.

- Oh ! Mon fils ! Tu ne pouvais pas avoir des visées sur une autre fille? Il s’agit de la fille du plus riche éleveur de tout le pays.

- Et alors ? Il a beau être riche, c’est moi qui lui fournit tous les outils en fer avec lesquels il travaille.

- Tu ne m’as pas bien comprise, mon fils…Oublie cette fille…Et laisse-moi t’en trouver une autre…

-Non, c’est celle-là que je veux. Et je suis certain que son père ne verra aucun inconvénient à ce que je devienne son gendre.

-Ah ! que tu es naïf, mon fils….

(à suivre…)

(*) - Il est possible qu’il ait été tué par les membres d’un village rival pour affaiblir Akalous en le privant de l’homme qui lui fabriquait des armes.

par N.Nait-Salem

La destruction du village d’Akalous (2e partie)

 

1Le jeune forgeron d’un village dénommé Akalous veut épouser la fille du plus riche éleveur du pays.
Sa mère essaie de lui faire entendre raison en le convaincant que cette fille-là n’était pas pour lui.

Le jeune forgeron insista tant et si bien que sa brave mère accepta, sans conviction de l’accompagner chez le riche éleveur pour demander la main de sa fille. Ce dernier, comme elle l’avait prévu, refusa de la leur accorder sous prétexte qu’elle était " réservée " depuis longtemps au fils d’un de ses vieux amis.

 De retour à la maison, le forgeron sombra dans un chagrin de plusieurs jours, puis comme il était fort de caractère, il décida d’oublier ce petit incident tout en se disant qu’il y avait au village d’autres filles aussi belles que celle qui avait fait vibrer son cœur. Après tout, comme le dit si bien la sapience populaire, on n’obtient pas toujours ce que l’on veut.

Quelque temps plus tard, il demanda la main d’une autre fille et son père lui fit comprendre qu’il arrivait un peu tard parce qu’il avait déjà accordé sa main à quelqu’un qui s’était présenté bien avant lui. Un terrible soupçon assaillit alors le jeune homme. Se pouvait-il que personne ne veuille de lui comme gendre ? Pour en avoir le cœur net, il demanda en mariage une troisième, une quatrième et une cinquième fille et à chaque fois, on lui répliquait par la négative sous couvert de prétextes incongrus. Bizarre. Se pouvait-il que personne ne se souvienne des immenses et innombrables services qu’il avait rendus au village ? Après d’autres démarches, infructueuses également, il se résigna à la triste réalité. Personne ne voulait de lui comme gendre. Ses soupçons s’étaient avérées justes. Malgré tous les nombreux services qu’il avait rendu aux gens de son village, ceux-ci, en retour, le méprisaient ! Aucun n’avait voulu lui accorder la main de sa fille ! Pourquoi ? Qu’avait-il fait de mal ? Il avait toujours accompli du bon travail pour honorer la mémoire de son père afin que tout le monde puisse parler de lui en bien. Il avait fabriqué des couteaux, des haches, des faucilles, des araires, des socles, et souvent sans demander de contrepartie quand celui qui sollicitait son aide n’avait pas de quoi payer… Et voilà le résultat! Il était le mal-aimé de tout le village !
Sa mère tenta de le consoler :

- Ne sois pas triste, mon enfant ; la vie est pleine de ce type de surprises empreintes de mépris et d’ingratitude. Je vais te ramener une fille d’un des villages se trouvant derrière les montagnes. Dans ces villages-là, à ce qu’on m’a dit, les filles sont plus belles et plus dociles.

- Je te sais gré mère de vouloir me consoler…Pour le moment je n’ai pas le cœur à me marier. Je dois d’abord me remettre de ce mépris dont toi et moi, mes deux sœurs et la mémoire de mon père avons fait l’objet… Ensuite, je me marierai… Et certainement avec une des filles vivant au-delà de ces montagnes. Je dois t’avouer mère que je n’ai plus envie de vivre dans ce village où tout respire l’ingratitude et l’hypocrisie.

- Quitter le village ? s’exclama la mère. Ce ne serait pas une mauvaise idée. Beaucoup de villages n’ont pas de forgeron…Ils seraient tous heureux de t’accueillir.

- Je sais, mère, je sais…Nous nous en irons d’ici, mais au moment opportun.

Durant plusieurs jours, le jeune forgeron d’Akalous ne fit rien d’autre que vaquer à ses occupations habituelles, ce qui fit dire à de nombreux villageois que son cœur ignorait la rancœur et la rancune. Mais, en réalité, il s’était juré de se venger. Et de la manière la plus cruelle qui soit.

(à suivre…)
 

par N.Nait-Salem

Rédigé par Guerri

Publié dans #contes berbères

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sa 29/12/2015 13:58

une très belle histoire , et j'aimerais bien lire la suite SVP