la spiritualité chez les Amazighs

Publié le 17 Novembre 2015

En parcourant l'histoire de l'Afrique du Nord depuis la conquête de l'Egypte par Sheshonq Ier Hedjkhepera Setepenra, descendant d'une famille de grands chefs libyens des Meshwesh qui a donné cinq pharaons aux XXIIe et XIIIe dynastie, jusqu'à aujourd'hui avec l'Egyptien Hosni Moubarak , le Libyen Khaddafi, le Tunisien Ben Ali , l'Algérien Bouteflika, le Marocain Mohammed VI et le Mauritanien Sidi Mohammed ould Cheikh Abdallah, nous éprouvons cette surprenante sensation de retrouver les mêmes faits historiques qui se répètent indéfiniment .

L'histoire de l'Afrique du Nord sur trois millénaires apparaît comme une succession de catastrophes donnant l'idée d'une vaste contrée instable dont la condition majeure de son existence est l'instabilité des Amazighs.

 

L'historiographie et l'histoire, depuis la haute antiquité, accordant aux mythes, aux hauts faits d'armes et aux guerres le privilège de marquer les changements des cours des évènements des peuples. Ils signalaient et associaient les Ancêtres des Amazighs aux différentes mythologies, mythes , conquêtes et colonisations phéniciennes, grecques ou romaines . Pomponius Mela nous rapporte dans saChorographie le combat que livra le géant Antée, fondateur mythique de Tanger, à Hercule.

 

Hercule étouffant Antée

La mythologie veut que le Titan Atlas soit condamné par Zeus a porter la Terre sur ses épaules et que le condamné purge sa peine en Afrique du Nord dans nos Adrar n Draren ( Chaîne orographique de l'Atlas) Les nymphes et le dragon veillant sur les pommes d'or du jardin des Hespérides se situait selon la tradition grecque dans l'arrière pays de Lixus. Homère, dans son Odyssée nous chante la Libye, le pays des Amazighs, où les agneaux ont des cornes dès leur naissance, ou trois fois dans l'année les brebis mettent bas : du prince au berger ,tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage….

De cette image idyllique antique à celle d'aujourd'hui où les Amazighs doivent importer des céréales et des légumes pour vivre, il y a de quoi poser la question sur ce qui est arrivé a ce paradis homerien. Alors qu'autrefois, nous rapporte Hérodote dans son Histoire au tome IV, les Grecs imploraient les divinités, consultaient les oracles et cotisèrent pour armer des navires et recruter des marins afin de coloniser l'Afrique du Nord, aujourd'hui c'est l'inverse de ce qui se passait dans l'Antiquité: les Nord-Africains tentent de tromper la vigilance en mer et sur terre des Européens afin d'immigrer et de gagner leur vie.

La vie de la nation amazighe depuis son accès au trône des Pharaons jusqu'à aujourd'hui est une succession de réussites spectaculaires alternées de ruines et d'écroulements, renaissant de ses cendres à l'image du Phoenix. Elle subsiste, vivante, occupant ses plaines et montagnes, ses forêts et savanes, hantant ses sources et ses rivières, dominant son ciel et ses mers par sa volonté de vivre et de survivre.

L'histoire des Amazighs se trouve enrobée dans une gangue historique, produite par ceux qui avaient triomphé d'eux à une époque donnée. Cette histoire rédigée par les victorieux n'offre pas l'image réelle des évènements et faits historiques. Pour saisir la réalité historique, une toilette s'avère obligatoire pour évacuer tout ce qui a trait à la vanité et au superbe.

L'esprit de cette toilette à laquelle nous vous invitons s'appuie sur deux idées majeures :

 
  • Que l'Amazigh puisse vivre sans détruire le passé historique.
  • Que l'Amazigh, en réexaminant son histoire, puisse agir sans nuire au sein de lui-même qu'autour de lui.

La tâche sera difficile et les implications politiques chaudes et violentes a priori, en raison de la remise en cause du discours historiographique devenu par tradition sacré, consacré voir même canonisé pour certains.

Bien que ces faits soient sacrés et incontournables, il est possible a l'Amazigh d'en faire une autre lecture sans pour autant pécher dans un ethnocentrisme débridé qui serait interprété comme une réaction a l'islamocentrisme, l'arabocentrisme ou l'européocentrisme de la littérature disponible.

La tâche consistera à s'appuyer sur la littérature à caractère historique des vainqueurs pour écrire l'histoire des Amazighs. (Voir texte :Introduction à la lecture de l'histoire des Amazighs depuis l'avènement de l'Islam en Afrique du Nord

Il y a de quoi rire quand on lit l’une des premières leçons d’histoire officielle dispensée aux écoles publiques du Maroc, que les Amazighs sont les premiers habitants d’Afrique du nord, venus d’Arabie, via l’Abyssinie et adoraient les ovins et la volaille. Pour un enfant de 12 ans cette vérité historique est anesthésiante quand elle ne relève que de la pure réclame pour introduire les Arabes, venus également de cette même Arabie ancestrale, emboîtant le pas à nos ancêtres, apporter la vraie religion d’Allah qui au lieu de recommander l’adoration des animaux de la bergerie et de la basse cour permet leur consommation.

En une trentaine de mots cette première leçon de l’histoire officielle pour enfants fournit divers sujets de surprises allant d’une origine arabe des Berbères à la zoolâtrie.

Le premier sujet de l’origine arabe des Berbères se superpose à celui de l’origine de l’Islam, le Coran et les mythes de la Création adamique qui doit forcement rayonné à travers la Terre. En somme les Berbères ne sont autres que des Arabes qui sont venus plus tôt que les Arabes musulmans.

La fraternité adamique issue d’un mythe se heurte à la fraternité anthropologique issue de la paléontologie qui montre l’opposé de cette première leçon d’histoire officielle: à savoir que les Berbères sont sur leur continent de naissance et que les Arabes ne sont d’autres que des Berbères arabisés ayant immigré en Arabie via l’Abyssinie et le détroit de Bab Almandeb. Les rédacteurs de l’histoire officielle mise sur la dévotion des Amazighs pour ne pas remettre en cause cette annexion ethnique et ce changement du centre de rayonnement de l’espèce humaine.

Le second sujet relatif à la zoolâtrie relève beaucoup de la mythomanie des historiographes arabes dont le but est de rabaisser les cultes préislamiques des Berbères afin de justifier leur mission d’islamisation. Même Ibn Khaldoun admirateur des ruines des grandes cités préislamiques ajoute sa voie à celle de ses prédécesseurs pour faire de cette confusion des cultes non islamiques une justification à postériori de l’agression islamique contre les non musulmans aussi bien en Afrique qu’en Asie ou en Europe.

Le programme d’histoire raconte l’épopée légendaire des étriers d’Allah dont seul Oqba retient l’attention. Il aurait mis au frais les pattes de son cheval quelque part dans une plage d’Agadir ou de Safi ou d'Azilah et levant son sabre comme aurait fait un Don Quichotte en s’égosillant à l’onde océane que s’il y avait une autre contrée au-delà de cette mer il l’aurait atteinte pour prêcher l’Islam. Evidemment il avait déjà fait le plein des différents pillages et qu’il lui fallait une raison pour rebrousser chemin.

Pour d’autres Oqba n’a jamais été ni à Taroudant ni à Safi et qu’au plus il aurait été du coté de la plage de Saadia ou de Siga (situé à 4 km de l’embouchure de la Tafna, au Nord du Maroc).

Les sources arabes dont cet épisode est tiré n’offrent à Oqba que des louanges et aux Amazighs, quand ils ne sont pas odieux, ils sont traîtres, que des insultes. Même le grand Ibn Khaldoun s’évertue à signaler le chiffre numérique de leurs traîtrises face aux étriers d’Allah il en a dénombré plus d’une douzaine au cours de cette période dite de la conquête islamique.

La conquête arabe de l’Afrique du nord n’était pas une vérité précise et littérale et à chaque incursion arabe pour piller suivait un revers tragique dont l’écho retentissait à Damas et en Syrie.

Pour justifier les revers des armées arabes face à la résistance amazighe, les historiographes tardivement ont mis sur la bouche du khalife Omar Ibn Al Khattab, une prophétie sous forme d’interdiction de conquérir l’Afrique du nord en jouant sur la sémantique de son nom Ifriqya (pris pour diviser ou rompre les rangs). L’interdiction d’Omar préférant la paix à la guerre renforçait le prestige de ce grand khalife aux vues percevant un tragique avenir des étriers d’Allah notamment ceux morts avec Oqba à l’est de Biskra.

 

Didon (Elissa) construisant Carthage par Turner

Les Arabes installés en Syrie, en Irak et en Egypte n’avaient pas l’humeur pacifique et pacifiste et l’entreprise de la guerre sainte à leurs yeux n’était en fait qu’une forme d’enrichissement rapide par la violence, le pillage et non la propagation de l'Islam qui n’était qu’un objectif secondaire.

L’Afrique du Nord en dehors de la conquête du trône des pharaons passait le clair de son histoire dans une paix qui attire les Phéniciens, les Doriens, les Grecs, les Romains, les Vandales, les Wisigoths, les Arabes et les Européens depuis le XVe siècle.

Si la légende de la fondation de Carthage donne une idée sur la vie paisible des Amazighs (Voir l’article traitant de ce sujet:http://www.wikimazigh.com/wiki/Encyclopedie-Amazighe/Encyclo/RapportsDesAmazighsAvecLesCarthaginois) , elle nous rappelle aussi l’esprit chevaleresque de l’agellid amazigh, auquel s’était adressée Didon pour avoir la permission d’installer une colonie pour sa flottille de fuyards Tyriens, qui pour ne pas désacraliser le sacrifice exécuté pour appuyer la demande lui accorda le territoire qu’aurait contenu la peau de la victime(1).

La légende dénote aussi l’esprit ingénieux et fourbe du phénicien prêt à exploiter au maximum toutes les opportunités qui s’offrent à lui.

Cette approche pacifiste des premiers réfugiés étrangers de Tyr, historiquement connus en Afrique du nord est tout à fait à l'opposé de celle des Grecs venus à la création de la colonie de Cyrène si l'on croit Hérodote.

Bien qu’aucune trace épigraphique n’est venue confirmée le récit d’Hérodote notamment en Cyrénaïque, il demeure qu’à l’époque antique les Amazighs ont été réveillé par des flottes de colons venus du pourtour de la Méditerranée. Sans doute que l’autorité et la puissance de Carthage leur ont fait prendre conscience qu’une générosité accordée sans mesurer les conséquences futures peut causer d’affreuses conséquences. Les invasions maritimes d’Afrique du nord furent toujours repoussées par les Amazighs sauf quand ils y sont impliquées Comme dans les diverses guerres puniques et encore une autre fois leur générosité accordée à un étranger leur a valu une colonisation romaine. Chasser un colon punique avec un colon romain, revenait en fait à garder la même lame sur la gorge en changeant le manche seulement. C’est devenue une coutume spontanée, instinctive depuis les temps antiques de s’opposer à l’envahisseur et cette coutume a été toujours observée jusqu’au XXe siècle. Au cours de cette longue période les Amazighs s’étaient montrés en mesure d’infliger des défaites cuisantes aux plus grandes armées de l’époque furent elles grecques, arabes, portugaises, espagnoles ou française.

Un des objectifs de ce chapitre est de montrer que la spiritualité amazighe est restée la même depuis l’antiquité jusqu’à aujourd’hui. Tous les changements qui sont survenus étaient des changements de surface et qu’au fond l’âme amazighe est restée fidèle à elle même craignant le supranaturel qu’il soit divinité ou dieu païen ou monothéiste.

Implicitement nous allons démentir que les Amazighs n’ont jamais adoré le bélier ou la poule et qu’ils avaient bien une spiritualité de leur époque.

Une lecture de l’infrastructure maraboutique de l’Afrique du nord au XXe siècle nous permet de faire le lien avec l’infrastructure funéraire et religieuse antique révélée par l’archéologie au cours des périodes punique, néo-punique et romaine. De l’antiquité jusqu’ à aujourd’hui les générations d’Amazighs s’étaient succédées chacune passant à la suivante la mémoire collective dont elle a été l’héritière. Les lieux saints antiques ont été utilisés à différentes périodes par des saints qui peuvent être païens, chrétiens, juifs et musulmans. Le lieu saint païen est christianisé puis islamisé mais la légende qui lui est attachée tout en subissant un vernis de surface de type chrétien ou musulman n’a pas changé. La dévotion populaire amazighe en s’appuyant sur le point fixe qu’est le lieu se contente de corriger les noms et de garder le fond surtout que les anxiétés spirituelles n’ont pas changé dans leur fond mais dans leur forme.

(c)LallaYetto Kushel

 
  • 1- : Selon les versions, certaines parlent de sacrifice d’un taureau, d’autres parlent de plusieurs béliers dont les peaux furent coupées en lanières fines pour obtenir la longueur maximale afin de maximiser le territoire promis par l’aguellid.
  • source wiki mazigh

Les-grands-hommes-spirituels-amazighs

 

 

Les Amazighes ont étudié à Alexandrie, à Carthage et dans tous les centres culturels de la méditerranée antique. Le plus souvent leur nom est hellénisé ou latinisé ce qui leur fait perdre le caractère amazighe . Le rôle joué par ces penseurs antiques dans la formation de la pensée gréco-latine et religieuse est indéniables. Le choix de quelques figures remarquables permet de donner une idée générale sur leur apport .

 

Tertullien (160-240)

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De parents romains, Tertullien ne peut pas être considéré comme amazighe, mais son influence sur les Amazighes fut sans doute certaine.

Quintus Florens Tertullianus, natif de Carthage exerça la profession d’avocat. Vers 195, il se convertit au christianisme et s’en fit un agent apologiste en s’attaquant aux écrits de Marcion qui avait réussi à éditer son Évangelion grâce à l’appui du pape qu’il a pris le soin de soudoyer par un don en argent. Il est même crédité pour avoir rédigé la doctrine du péché originel et pour avoir une misogynie excessive. Ceux qui suivirent ses conseils à Carthage n’étaient plus en mesure de mener une vie quotidienne normale de l’Empire romain. Les historiens ont soutenu que, à cause de son rigorisme excessif, il rendit inévitable la continuation des persécutions contre les Chrétiens qui refusaient de rendre hommage à l’Empire. Il était l’un des premiers auteurs à montrer que la vie chrétienne était incompatible avec la vie païenne. En l’an 207, il se convertit à une autre religion venue de la Phrygie.

Dans l’évangile primitif de Jean, c’était Jean l’Immergeur qui annonçait la venue après lui d’un plus grand que lui, lequel devrait être précédé par un personnage qu’il nommait le Paraclet. Toutefois, dans la version canonique de cet évangile non disponible à l’époque de Tertullien, Jean se borne à annoncer la venue de Jésus qui se produit aussitôt après et c’est ce dernier qui annonce plus tard la venue du futur Paraclet. Ces étranges prophéties devraient provoquer des confusions et des troubles dans les esprits[1]. Il se trouva de nombreux illuminés au deuxieme et troisieme siècle à nos jours pour s’autodéclarer le Paraclet prétendument annoncé par Jésus. Un prêtre de Cybèle du nom de Montan dans la lointaine Phrygie qui, en l’an 172, fut traversé par une crise de folie mystique proclame lui-même être le Paraclet. Il eut beaucoup d’adeptes dont Tertullien en Afrique du Nord. Les adeptes de Montan avaient des mœurs irréprochables et même rigoureuses, car ils n’admettent pas le pardon des péchés après le baptême. Pour Tertullien et ses adeptes, les péchés les plus graves sont le meurtre, l’apostasie et l’adultère. Tertullien poussa le rigorisme jusqu’à interdire le remariage des veuves et des veufs.

Ce rigorisme va se répandre parmi les chrétiens amazighes du début du IVe siècle jusqu’à la fin du Ve siècle. Les Donatistes amazighes vont rejeter l’Église de Rome et son clergé en les accusant d’apostasie. Même s’il n’était pas amazighe, les conséquences de son enseignement ont eu des répercussions sur les Amazighes et sur l’Église de Rome.

 

Lactance alias Oumlil (260-325)

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Cette grande figure de la littérature latine qui fut comparée à Cicéron est née en Afrique et fut l’élève de l’amazighe Arnobe. Son nom officiel était Lucius Caecilius Firmianus, mais il fut connu par son surnom Lactance qui, à mon avis, témoigne de son origine amazighe. Lactance signifiant blanc ou blanchâtre n’est pas aussi étranger à Oumlil largement utilisé comme surnom chez les Amazighes. Il naquit probablement à Madaure en l’an 240.

Étant un disciple d’Arnobe qui lui enseigna la rhétorique latine, sa réputation fut connue au point qu’il fut mandé par l’empereur Dioclétien en Nicomédie pour prendre en charge la chaire de rhétorique latine. Cependant, en l’an 303, Dioclétien, ayant autorisé les persécutions des chrétiens refusant d’honorer les dieux de la Cité, Lactance perdit sa chaire. En l’an 316, il fut nommé précepteur de César Crispus, fils aîné de l’empereur Constantin. Lactance décéda en l’an 320 , à l’âge de 80 ans couvert de tous les honneurs.

Vers l’an 300, Lactance se distingua comme théoricien et apologiste du christianisme, défendant notamment contre les philosophes païens le dogme de la divine providence dans un ouvrage célèbre De Opificio Dei (De la Création de Dieu). Un autre ouvrage le rendant aussi célèbre parmi le monde chrétien fut celui de Divinae Institutiones (les Institutions divines) dans lequel il exposa d’une manière systématique les principes de la religion chrétienne. Comme il était l’homme de son époque, sa conversion au christianisme ne l’empêchait pas d’écrire dans le domaine de la gnose comme son maître Arnobe.

Lactance écrivit un poème sur le Phénix, symbole de la résurrection et de la vie éternelle. Le Phénix dont le nom en égyptien est l’oiseau BENU était un oiseau sacré à Héliopolis et associé avec la pierre BENBEN, l’obélisque et le culte des dieux Atoum et Ra. Son nom BENU dérive sans doute du verbe égyptien WEBEN qui veut dire se lever et ressusciter et a servi de prototype pour le mot grec Phénix. Cet oiseau apparaît dans les Textes des Pyramides où le Dieu Atoum est ressuscité sous la forme de BENBEN (verset 600) dans la Maison des Benu à Héliopolis[2].

Lactance développa dans ce poème des conceptions qui ne sont pas sans rappeler celles des Esséniens (de Qumram) rapprochant notamment le nom du phénix de celui du palmier dattier qui est effectivement le même en grec (Phénix). Ce qui est encore remarquable chez cet auteur amazighe, c’est la portée de ses œuvres en prose qui vont être reprises par les Gnostiques du Moyen-âge notamment l’affirmation selon laquelle Dieu a créé deux esprits semblables à lui-même, mais que l’un d’eux s’était méconduit, ce qui n’est pas sans analogie avec l’idée des Bogomiles que le Christ et Satan sont tous deux fils de Dieu. Les Bogomiles professaient que le Dieu de bonté avait deux épouses dont il a eu de chacune un fils : d’Akala est né le Christ qui s’est incarné au Ier siècle en Jésus; d’Akaliba lui est né Satan, le démiurge qui s’était incarné d’abord en Moise, puis en Judas. L’influence des Bogomiles avait atteint l’Afrique du Nord, le Midi de la France et même fait corps avec les Cathares albigeois. Toutefois, Lactance semble avoir été l’initiateur de cette conception gnostique que l’Église catholique allait anéantir et extirper à l’aide de quatre sanglantes croisades[3]

Lactance considère aussi qu’il est illicite pour un juge chrétien de prononcer une condamnation à mort sachant que le décalogue et Jésus interdisent l’homicide. Cette règle éditée par Lactance va être reprise par les Cathares[4]. Les Amazighes n’étaient pas isolés du monde méditerranéen. Au contraire, ils étaient à la croisée des chemins entre l’Occident et l’Orient de la Méditerranée et apportaient leur contribution à la civilisation humaine. La figure prestigieuse de Lactance/Oumlil rappelle celle de son maître Arnobe et leur apport à la spiritualité humaine ne sont point à démontrer.

 

Synésios de Cyrène

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Il y a un amazighe parmi les premiers qui ont voulu se faire une généalogie les remontant à un ancêtre éponyme glorieux : ce fut Synésios. Il fut considéré comme appartenant à une famille grecque qui a été à l’origine de la fondation de Cyrène.

Hérodote, dans son Histoire, avait donné des détails sur la fondation de Cyrène par les Grecs, par des prêtres ou des guides égyptiens que la plupart des chercheurs d’aujourd’hui considèrent comme n’étant pas de haut rang. De toute façon, l’archéologie a démenti la narration d’Hérodote, car aucune trace grecque n’a été révélée. Seules les traces carthaginoises et égyptiennes de l’époque des Ptolémée nous donnent une idée sur son occupation antique.

Prétendre descendre d’une famille prestigieuse grecque qui aurait fondé Cyrène n’est qu’un exercice social pour s’arroger et valoriser son propre statut. L’astuce des généalogies va se généraliser et atteindre son paroxysme chez les Amazighes quand l’almoravide Youssef ben Tachfine identifia la tombe d’Idriss II à Fès sur laquelle il ordonna la construction d’un mausolée. Cela coïncide aussi en Afrique du Nord avec l’émergence des saints amazighes (Ba Ya'za alias Moulay Bouazza). D’autres vont exploiter les liens de l’alliance militaire d’aide et de soutien (Wilaya) passés jadis avec quelques chefs amazighes et arabes conquérants pour s’arroger la généalogie arabe et l’exploiter socialement à des fins personnelles.

L’archéologie pour Cyrène a révélé que la ville était amazighe depuis la nuit des temps et que seules les traces carthaginoises attestent des rapports avec le reste de l’Afrique du Nord. Synésios serait donc un Amazighe descendant d’une famille qui fut peut être à l’origine de la fondation de la ville. Sa date de naissance est incertaine, mais il naquit probablement vers l’an 370. Il avait servi dans l’armée avant de s’établir chez lui à Cyrène pour étudier la philosophie, l’astronomie et se livrer à plusieurs activités, y compris l’agriculture, la chasse et même jusqu’à soutenir la cause de ceux tombés dans la difficulté. Il a connu au cours de ses études à Alexandrie la fameuse Hypatie avec qui il a entretenu des relations épistolaires et une dévotion tout au long de sa vie.

La vie libre qu’il menait à Cyrène fut interrompue par la mission qu’il devait faire à Constantinople pour remettre une couronne à l’empereur Arcadius et lui demander un dégrèvement fiscal. Synésios attendit trois ans pour être reçu par l’Empereur, car Eutropius, qui exerçait le vrai pouvoir, ne voulait pas permettre à un Africain de rencontrer l’empereur pour se plaindre de la pression fiscale. Le plus important est que, malgré ses positions philosophiques néoplatoniciennes et sa relation spatiale avec Hypatie qui fut lynchée sur ordre de l’archevêque d’Alexandrie en 415, Synésios fut nommé évêque de Ptolémaïs, c’est-à-dire Akka ou Saint-Jean-d’Acre actuelle sur la côte phénicienne. Dans son système philosophique néoplatonicien, Synésios introduisait des éléments chrétiens, mithriacistes et montanistes (comme ceux défendus par Tertullien). Il rédigea différents livres dont un consacré à l’élevage et à la reproduction des chiens (Cynogetics), de l’interprétation des rêves, sur l’astrolabe, sur la divination, etc.

Il fut heurté par la mort de ses trois enfants et décéda vers l’an 413. Son influence fut importante à la fois pendant sa vie et après sa mort. Sa vie illustre l’état de la spiritualité des Amazighes en Cyrénaïque et en Afrique du Nord en général. Elle permet aussi de comprendre pourquoi l’arianisme va s’implanter rapidement en Afrique du Nord et préparer le terrain à l’islamisation. Elle renseigne également sur la résurgence de la gnose en Afrique du Nord avec les shiites Fatimides instrumentalisés par les Kottama.

 

Apulée de Madaure (125-180)

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Les penseurs antiques étaient rebutés par le fanatisme des sectes du christianisme. Parmi ceux qui ont réagi à ce fanatisme figure Apulée de Madaure. Il est né à Madaure en l’an 124 et mort en 175. Apulée naquit dans une famille aisée de Madaure, son père, duumvir de la cité, a laissé à son frère et à lui-même un confortable héritage de deux millions de sesterces. Bien que totalement romain par sa culture et son œuvre, Apulée resta toujours attaché à ses origines amazighes dites africaines à l'époque puisqu’il n'hésitait pas à se revendiquer plus tard «mi-numide et mi-gétule». Saint-Augustin avait dit de lui : « Chez nous, Africains, Apulée, en sa qualité d'Africain, est le plus populaire». Son degré d'adhésion à la romanité fait l'objet d'un débat.

Il étudia la rhétorique et la littérature à Madaure, puis à Carthage et, enfin, à Athènes où il s'intéressa à la philosophie néoplatonicienne et au sophisme. Doué d'un talent d'orateur, il devint avocat à Rome avant de mener une carrière de conférencier itinérant dans son pays natal. Parlant aussi bien le latin que le grec, il pouvait même passer sans problème d'une langue à l'autre au cours du même discours.

Au cours d'un de ses voyages, il rencontra à Oea (l'actuelle Tripoli) une riche veuve, Emilia Pudentilla, qu'il épousa. Accusé par sa belle-famille d'avoir usé de magie, il plaida sa propre cause, lors d'un procès à Sabratha en 158, avec succès puisqu’il sera acquitté. Il consigna sa plaidoirie dans une Apologie. De son temps, Apulée était considéré comme un adepte de la magie, voire comme un thaumaturge. C'était surtout un homme doué d'une curiosité exceptionnelle dans tous les domaines, initié à plusieurs cultes orientaux dont celui de la déesse Isis et fut probablement prêtre d'Esculape.

Son adhésion au culte d’Isis donne une idée sur la liberté religieuse des Amazighes de l’empire romain. Il a écrit un conte philosophique intitulé L’Âne d’or. L’histoire narrée par Apulée est celle d’un homme changé en âne qui finit par trouver sa voie et, par la suite, sa forme humaine en broutant les roses puis en s’initiant aux mystères d’Isis et d’Osiris. Toutefois, cette histoire est une satire, plus ou moins voilée, du christianisme. Il y est fait allusion, dès le début, à une femme enceinte depuis plus de huit ans, allusion évidente au nombre d’années qui sépare, dans l’Évangile selon Luc, la conception de Jésus au temps du roi Hérode et sa naissance au cours du recensement de Quirinus.

Apulée est également l’auteur d’un De Deo Socratis (le Dieu de Socrate) où il expose notamment que chaque homme est accompagné d’un démon qui le guide et le protège. Cette conception, qui fut reprise par le Christianisme sous la forme de l’ange-gardien et qui se trouve d’ailleurs déjà en germe dans le Pasteur d’Hermas, paraît être d’origine hindoue. L’Islam reprend aussi l’idée de l’ange-gardien puisque, pour clore le gestuel de l’adoration ou de la prière (salat), le musulman doit prononcer des salutations à droite et à gauche pour ses anges-gardiens.

Le pays des Amazighes a été traversé par des idées religieuses du monde entier, y compris les gnosticismes grec, hébraïque, égyptien et alexandrin. Les Métamorphoses, souvent considérées comme une satire des vices de l'époque et comme une allégorie de l'existence humaine, ont considérablement influencé les œuvres d'écrivains tels que Henry Fielding, Tobias Smollet et Boccace.

 

Simon de Cyrène

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Simon de Cyrène est un Amazighe originaire de Cyrène qui, en entrant à Jérusalem, fut réquisitionné pour porter la croix de Jésus d’après Marc (15 : 21). Les exégètes chrétiens font de lui un juif de Cyrène qui rendait visite à la Ville sainte au moment même où l’exécution de Jésus a lieu. Ce Simon était le père d’un certain Alexandre et d’un certain Rufus et revenait de son champ. Ce détail mentionné par Marc signifie que les lecteurs de cet évangile auraient facilement reconnu la personnalité de ce personnage qui entre curieusement en scène à un moment critique. Il serait alors un Amazighe converti au judaïsme et qui se serait installé à Jérusalem en tant que cultivateur. Cependant, les Évangiles selon Jean (19 : 17) et selon Mathieu (27 : 32) ignorent ce détail qui aurait de ce passage un acte historique. Néanmoins, il est prescrit par la loi romaine que le condamné porta lui-même le patibulum, la branche transversale de la croix à Rome. Il est fort possible que, en dehors de Rome, le condamné doive porter toute la croix.

Luc reprend Marc en omettant les enfants Alexandre et Rufus, mais en faisant venir Simon d’un champ sans préciser s’il était un pèlerin en promenade ou simplement un fermier revenant de son travail. Toutefois, l’Évangile selon Luc qui est l’évangile le plus travaillé pour cristalliser l’enseignement de saint Paul et répondre aux critiques de l’Évangile de Marcion décrit cet amazighe de Cyrène comme étant le parfait disciple et répond donc littéralement à l’appel de Luc (9 : 23). Il est important de noter que la présence de ces trois personnages Simon de Cyrène et de ses deux fils Alexandre et Rufus demeurent obscure.

Nonobstant le fait qu’un Amazighe venant de si loin pour porter une croix a une signification sur le rôle que va jouer l’Afrique du Nord amazighe dans l’émergence du christianisme. Il est à noter que l’archéologie a révélé à Evhesperis (Benghazi) en Cyrénaïque des épigraphies dont les noms sont d’assonance phénicienne tels que Straton ou Héraclides dans la liste des donateurs pour la rénovation de la synagogue de Bérénice vers 55-56 après J.-C.

La présence juive à Alexandrie est amplement documentée et attestée. Par contre, la présence du judaïsme en Afrique du Nord n’est pas mise en évidence par les données archéologiques sauf dans le cas d’Evhesperis (Benghazi). Les juifs hellénisants et les craignant Dieu amazighes ont été sensibles au message de saint Paul. Simon de Cyrène fait-il partie de ces Amazighes qui ont toujours craint Dieu et dont la piété lui a valu de figurer à un moment difficile de la passion de Jésus ? Probablement, Jésus, ayant perdu toutes ses forces, les soldats romains requirent alors l’amazighe Simon de Cyrène. À l’image du titan Atlas qui supporte la Terre sur ses épaules dans les montagnes des Amazighes, les rédacteurs des Évangiles ont introduit un Amazighe pour supporter la croix de Jésus qui symbolise la Croix céleste sur laquelle Jésus sera crucifié[5].

 

Augustin d’Hippone (354-430)

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Augustin d’Hippone (Aurelius Augustinus) ou saint Augustin est né à Tagaste (actuelle Souk Ahras en Algérie) le 13 novembre 354 et est mort le 28 août 430 à Hippone (actuelle Annaba en Algérie). Il était de père romain païen et de mère amazighe chrétienne (sainte Monique). Il était un philosophe et théologien chrétien, évêque catholique d’Hippone et un écrivain amazighe d’expression romaine de l’Antiquité tardive. Il est l’un des principaux Pères de l’Église latine et l’un des 33 Docteurs de l’Église. Les catholiques célèbrent sa fête le 28 août, anniversaire de sa mort. Sa tombe se trouve à Pavie. Après saint Paul, il est considéré comme le personnage le plus important dans l’établissement et le développement du christianisme.

Il élabora la doctrine de « la guerre juste » pour justifier la guerre contre les Amazighes donatistes qui l’avaient considéré comme traître à leur cause. Il se montra favorable à l’Église de Rome au détriment de l’Église amazighe donatiste, ce qui a eu pour effet de perpétuer la résistance amazighe à l’hégémonie de Rome fut-elle impériale ou ecclésiastique.

Il est l’auteur de la doctrine de la Trinité catholique avec références aux personnes au lieu des hypostases de la Trinité orthodoxe. Il recommanda aux prêtres de son évêché d’apprendre la langue libyco-punique pour leur mission d’évangélisation en [[Numidie]]. Ses témoignages sont d’une grande utilité pour documenter l’histoire des Amazighes à son époque.

 

Marcus Minicius

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Probablement un contemporain de Tertullien, Marcus Minicius est réputé pour son œuvre littéraire Octavius. Sa conversion à la fin de sa vie au christianisme est peut-être une invention tardive pour récompenser ses talents d’écrivain. Dans une langue élégante et un style soutenu, sans être original, l’Octavius parle de Jésus sans le nommer, ce qui lui valut d’être classé comme l’un des pères de l’Église comme l’est curieusement un autre Amazighe, Origène. Le dialogue de l’Octavius montre que la foi chrétienne peut se superposer à la culture traditionnelle et la transformer. La spiritualité, étant présente dans la culture païenne, il suffit de la renforcer par la spiritualité chrétienne.

 

Lucius Annaeus Cornutus

 

Lucius Annaeus Cornutus, stoïcien, natif de Leptis Magna en Afrique. Il est connu par un traité sur la nature des dieux, qu’il a écrit en grec sous un nom d’emprunt : Phurnutus.

 

Origène (185-252)

 

Origène, sans doute d’origine amazighe de la Cyrénaïque, est considéré curieusement comme un Père de l’Église grecque alors que son enseignement, plus encore que celui de Justin, fut loin d’être conforme à ce que deviendra plus tard l’orthodoxie chrétienne. Contemporain de Tertullien, il lui survécut puisqu’il a péri à Césarée ou à Tyr comme martyre sous le règne de l’empereur Dèce ,ce qui fera l'année de son décès au plus celle de l'empereur Dèce : l'an 251.

Bien que disciple de Clément d’Alexandrie, Origène était pénétré tout autant des idées de ce dernier que de celles de Pythagore, de Platon et de Philon. Il enseigna l’idée que bien que le Fils et l’Esprit soient supérieurs aux créatures, ils demeurent inférieurs au Père. De Platon, il a pris l’idée de la préexistence des âmes et, de Pythagore, il a pris l’idée de la métempsycose. Son fond gnostique apparaît dans sa conception des hommes qui sont, pour lui, des anges déchus qui ont été revêtus d’un corps mortel et impur pour leur punition. Pour lui, le péché a déjà eu lieu au Ciel et la création de ce monde a été la conséquence. C’est une inversion du cycle cosmique qui fait de ce monde le purgatoire et le Ciel, la vraie vie, sous l’influence probable des idées platoniciennes. Il enseigna également que ce monde a eu un commencement et il aura une fin. Il a été précédé et sera suivit par d’autres comme l’enseignement de Zarathoustra. Le feu éternel qui punirait les impies est purement allégorique car, pour lui, l’enfer, c’est les remords du péché.

Il situe le paradis quelque part sur la Terre qui, d’après Origène, est un lieu où vont les âmes après la mort pour être purifiées jusqu’à atteindre la perfection pour s’élever dans les airs en traversant les différentes demeures des archontes. Les meilleures d’entre les âmes auront pour demeure une étoile. Les corps matériels ne revivront pas et ceux qui le croient, dit-il, sont des sots. Il avoua son erreur d’avoir recouru à la castration pour devenir un eunuque volontaire (Mathieu, XIX : 12), ce qui lui apporta des désordres physiques sans procurer le repos à l’âme[6].

Extrait de la spiritualité chez les amazighes Tome I de LallaYetto Kushel

Bibliographie


[1] E. WEILL-RAYNAL. Chronologie des Évangiles, Éditions rationalistes, Paris, 1968, p. 131.

[2] R. Van Der Broek. The Myth of the Phoenix according to Classical and Early Christian Tradition, Leiden, 1972.

[3] Marcel Dando. «Les Culdéens», Cahiers du Cercle d’Ernest Renan, Paris, no 88, janvier 1975.

[4] Marcel Dando. «Les Origines du catharisme», Cahiers du Cercle d’Ernest Renan, Paris, no 56, 1967.

[5] The Interpreter’s one volume commentary on the Bible Including the Apocrypha, 7ème édition, éditée par Charles M. Laymon, Abingdon Press, Nashville, 1984.

[6] G. Welter. Histoire des sectes chrétiennes, Payot, Paris, p. 220.

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Rédigé par Guerri

Publié dans #LA CULTURE BERBERE

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