LEORNARDO FIBONACCI

Publié le 11 Mars 2015

Peut-être avez vous eu connaissance de cet ouvrage de Sigrid Hunke "Le soleil d’Allah brille sur l’Occident" dans lequel il brosse un tableau étonnant du savoir accumulé par la science musulmane quand les Européens végétaient dans un obscurantisme destructeur.
J’ai eu connaissance de cet ouvrage en lisant la revue Jeune Afrique en 1986 (n° 32 de 12/86). Un article, adapté de ce livre et signé Raouf Kahak, attira mon attention car on y parlait de Bougie. Bien plus tard je retrouvais dans une autre revue "Escales" (n° 2 - 04/98), revue algérienne des cultures méditerranéennes, un condensé de ce même article, mais le journaliste ne citait pas ses sources (...).
J’avais conservé cet article pensant pouvoir le ressortir un jour ou l’autre. Je vous livre cet extrait concernant Bougie:

 

“ Cette disponibilité “tous azimuts” des princes, des lettrés et des savants arabes pour tout ce qui relève de l’intelligence sera la cause d’un autre grand succès de la science orientale ancienne : le grand bond en avant dans les mathématiques. En l’an 773, un Indien se présente à Baghdad, à la cour du calife Al-Mansour. Il se dit astronome et se nomme Kankah. Il déclare qu’il connaît à fond la méthode de calcul appelée Sind hind en usage dans son pays. Les Arabes savent que les Indiens utilisent pour leurs calculs mathématiques et astronomiques des chiffres bien plus pratiques que ceux qu’eux-mêmes connaissent, et que tout le monde a hérité des Grecs. Al-Mansour ordonne à un des savants qui l’entourent de transcrire et traduire l’ouvrage que colporte ce Kankah et qui n’est autre que le Sindhant de l’astronome Brahmagupta. Neuf chiffres plus le zéro - cette géniale trouvaille -, c’est le secret de l’arithmétique indienne, qui va conquérir le monde parce que le calife Al-Mansour a aussitôt compris quel formidable avenir ces signes indiens ouvrent à toute la science des nombres, à l’algèbre comme à la géométrie.
En quelques minutes, l’ouverture d’esprit d’un prince musulman et de ses conseilleurs sur les bords de l’Euphrate va décider d’ un progrès des connaissances humaines, rendre possible tout l’édifice scientifique à venir, sur lequel l’occident bâtira plus tard le progrès industriel. Mais pour l’heure, l’Occident aveuglé par le dogmatisme qui pèse sur lui attendra quatre siècles avant de comprendre, et il n’acceptera ces chiffres “ arabes “ qu’après un long combat à retardement mené par les fanatiques des chiffres romains. C’est un marchand de Pise, ville d’Italie, habitué à commercer avec les arabes à travers la Méditerranée, qui va faire ce cadeau à l’Europe chrétienne. Le jeune Léonardo Fibonnaci rejoint un jour à Bougie, en Algérie, son père qui y tient un comptoir d’import-export, comme on dit aujourd’hui, au milieu des “infidèles”. Car les Pisans voyagent dans toute la Méditerranée et les “infidèles” sont nombreux à Pise, qui a donc déjà ses immigrés. Le jeune Léonardo est enthousiasmé par les neuf chiffres arabes et ce zéro que son père utilise dans les comptes qu’il établit pour les douanes algériennes. Le zéro est l’abstraction irremplaçable qui permet tout l’édifice arithmétique, le cadeau majeur de la pensée indienne à l’humanité. Avec les chiffres romains, on ne peut faire grand chose d’autre que des additions et des soustractions. Avec ceux-là on peut tout faire !
Léonardo se met à l’école du “prof de maths” local, Sidi Omar. Il apprend avec ravissement à calculer les puissances, à résoudre des équations différentielles ou intégrales. Mêlant le commerce à l’étude, il se rend partout chez les arabes, en Syrie, à Tunis, au Maroc, au Caire, où il se gorge de la science mathématique qui y fleurit. Il a 23 ans. Il rédige en 1202 avec tout cela son Liber abaci, un super manuel de mathématiques qui va séduire l’empereur allemand Frédéric II, roi de Sicile, un pays repris par les armes aux musulmans et où on continue de cultiver la science arabe (et à entretenir des harems...). Léonardo se rend à Palerme, à la cour de Frédéric, où il stupéfie par ses dons les savants chrétiens et musulmans qui y vivent en bonne intelligence sous l’autorité de ce souverain éclairé et réfractaire au racisme. Et en commençant par l’Italie, l’Occident finira par adopter les neuf chiffres et le zéro, qui secoueront enfin la science mathématique endormie depuis les Grecs.”

Heureusement que cet Italien est passé par Bougie, nous en serions peut-être encore aux chiffres romains....... va s’a’oir !

Roland PETRE

PS - bien entendu beaucoup d’entre nous, ceux qui ont fait des mathémathiques du moins, connaissions Fibonnacci, mais peut-être pas la petite histoire !

Paru dans l' Echo de Bougie 2002

Rédigé par Guerri

Publié dans #Bejaia et son histoire

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