"SwissLeaks" : quelles sont les principales personnalités touchées en Afrique?

Publié le 11 Février 2015

L'Afrique est largement concernée par le scandale 'SwissLeaks'. L'Afrique est largement concernée par le scandale "SwissLeaks". © Capture d'écran

La filiale suisse de la banque britannique HSBC (HSBC Private Bank) est fortement suspectée d’avoir mis en place - au moins entre 2006 et 2007 - un vaste système international de fraude fiscale - même si le fait de détenir un compte en Suisse n'est pas en soi illégal. Selon les enquêteurs du fisc français, le dossier concerne quelque 180 milliards d'euros en provenance de plus de 200 pays pour le compte de 130 000 personnes physiques ou morales, dont plusieurs ont un lien très fort avec l’Afrique. Qui sont-elles ?

Afrique du Sud : Fana Hlongwane

Homme d'affaires sud-africain spécialisé dans les secteurs des équipements militaires, il fut conseiller spécial du ministre de la Défense Joe Modise de 1995 à 1998.  Son nom est cité dans une affaire de contrats d'armements suspects signés à la fin des années 1990. Connue sous le nom de "Arms Deal", celle-ci a éclaboussé jusqu’aux présidents Jacob Zuma et Thabo Mbeki et est souvent considérée comme le plus gros scandale post-apartheid.

 

Selon les documents du Consortium international des journalistes d'investigation (Ciji) à l’origine du scandale SwissLeaks (un listing de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore que s'est initialement procuré le quotidien français Le Monde), Fana Hlongwane fut l'un des mandataires de plusieurs comptes ouverts chez HSBC Private Bank. L'un deux, au nom de "Leynier Finance SA", affichait un solde d'un peu moins de 900 000 dollars (800 000 euros environ). L'homme d'affaires sud-africain est aussi associé à plus de 20 comptes dont le solde total représentait en 2006-2007 près de 12,7 millions de dollars (11 millions d'euros). L'intéressé n'a pas réagi.

Burundi : Aziza Kulsum Gulamali

Burundais né en 1944, ce propriétaire d’un usine de cigarettes domicilié en Belgique est soupçonné de trafic d’armes et de minerais. D'après les documents du Ciji, son nom est associé à trois comptes ouverts chez HSBC Private Bank depuis 1997. Deux d’entre eux ont été fermés en 1995 et 2000. Le dernier comptait près 3,26 millions de dollars en 2007. L'intéressé n'a pas réagi.

Centrafrique : Abdoul-karim Danzoumi

Abdoul-karim Danzoumi est le propriétaire de Badica, la plus grande compagnie de diamants implantée en Centrafrique. Domicilié à Antwerp, en Belgique, il figure sur une liste d'une dizaine de personnes que les experts de l'ONU voudraient voir sanctionnées par le Conseil de sécurité. Selon les documents du Ciji, il est client de HSBC Private Bank depuis 2000. Son nom est lié à cinq comptes. L'un d'entre eux, dont Danzoumi est le mandataire, a été ouvert sous le nom de "Kampala Holdings SA". En 2006-2007, son solde était de 467 592 dollars (410 000 euros). L'intéressé n'a pas réagi.

Côte d'Ivoire : Patrick Bédié

Patrick Bédié, le fils de l'ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, a fait carrière dans le négoce du café-cacao. Patron de la division Afrique du trader suisse Novel Commodities, il a étendu ses activités au riz en 2011. Patrick Bédié a été client de HSBC Private Bank de 1992 à 2000. Lors de cette période, il fut, avec un négociant français de chocolat, le co-mandataire d'un compte ouvert au nom de "Amoryn Holdings Limited B.V.". Les sommes qui y ont été déposées ne sont pas indiquées dans les documents du Ciji. L'intéressé n'a pas réagi.

Djibouti : Saïd Ali Coubèche (Décédé)

Décédé en 2009, Saïd Ali Coubèche fut ministre des Finances dans les années 1960. Il fut ensuite homme d’affaires et dirigea la Chambre de commerce et d’industrie de Djibouti. Selon les informations du Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI), Coubèche a détenu, entre 1994 et 2004, un compte chez HSBC Private Bank au nom de “Maskali”.

Égypte : Rachid Mohamed Rachid

©AFP

Ministre du Commerce et de l’Industrie de 2004 à la chute de Hosni Moubarak, en 2011, Rachid Mohamed Rachid fut président d’Unilever pour l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la Turquie. Il a également siégé au conseil d’administration d’HSBC Égypte. Il fut plusieurs fois condamnée par la justice de son pays, pour corruption, profits illégaux et gaspillage de fonds publics. Selon les informations du Ciji, Rachid Mohamed Rachid fut le principal mandataire d’un compte chez HSCB Private Bank sous le nom de “Lexington Investments Limited”. Compte sur lequel a circulé jusqu’à 31 millions de dollars (27 millions d’euros) entre 2006 et 2007. L'intéressé n'a pas réagi.

Kenya : Johnson Nduya Muthama

© DR

Sénateur depuis 2008, Johnson Nduya Muthama est également le président exécutif de Muthama Gemstones Ltd., une société minière, et le fondateur de l'association des courtiers kényans de pierres précieuses. Selon le Ciji, il fut l'un des mandataires, de 1996 à 2000, de deux comptes ouverts chez HSBC Private Bank : "ROCKLAND 96" et 20443NM". Les sommes qui y ont été déposés ne sont pas précisées. L'intéressé n'a pas réagi.

Maroc : Mohammed VI

© AFP

Parmi les comptes de HSBC Private Bank figure celui de "Sa Majesté le roi Mohammed VI", codétenu avec son secrétaire particulier, Mounir El-Majidi, et ouvert le 11 octobre 2006.

D'après Le Monde, entre l’automne 2006 et le 31 mars 2007, soit la période couverte par les listings que le quotidien français a pu consulter, le montant maximal enregistré sur ce compte était de 7,9 millions d’euros. "Or, il est en principe illégal, pour des Marocains résidant au Maroc, de détenir un compte bancaire à l’étranger", souligne le quotidien. Il faut en effet détenir une autorisation de l'Office des changes.

Ces révélations ont provoqué quelques remous au Maroc. Si l'existence d'un tel compte à l'étranger n’a surpris personne dans le royaume - la fortune de Mohammed VI est estimée à près de deux milliards d'euros par le magazine Forbes -, personne ne s'était jusque-là risqué à en parler. 

Maroc : Fouad Filali

Ex-beau frère du roi Mohammed VI - il fut marié à la fille aînée de Hassan II, Lalla Meryem -, Fouad Filali fut notamment PDG du holding royal ONA (futur ONA-SNI, futur SNI). En décembre 1999, il fut cité dans une affaire de blanchiment d’argent à Paris. Selon les informations du Monde, son son nom est lié à trois entités légales dispersées en de multiples paradis fiscaux et disposant de compte chez HSBC Private Bank. La principale, Ameriga Foundation, était domiciliée au Liechtenstein et disposait de près de 11,3 millions de dollars en compte à la fin 2006. Fouad Filali réfute ces accusations.

Nigeria : Aliko Dangote

© Sipa

Avec une fortune estimée à 25 milliards de dollars, Aliko Dangote est sans doute l’homme le plus riche d’Afrique et il occupe le 23e au classement mondial 2014 du magazine américain "Forbes".  L'homme d'affaires nigérian fut le mandataire principal d'un compte client ouvert chez HSBC Private Bank de juillet 2003 à août 2004 au nom de "Development Projects Corporation", une société domiciliée dans les Îles Vierges Britanniques. Les sommes qui y ont été déposées ne sont pas indiquées. L'intéressé n'a pas réagi.

RDC - Guinée : Beny Steinmetz et Dan Gertler

Figurent également parmi les comptes révélés par le Ciji ceux liés aux hommes d'affaires israéliens Beny Steinmetz et Dan Gertler, actif dans l'industrie minière en Afrique, et dont les opérations en Guinée pour le premier et en RDC pour le second ont fait l'objet de nombreuses controverses

Sénégal : Youssou Ndour

© AFP

Le célèbre chanteur et homme d'affaires sénégalais, par ailleurs conseiller du président Macky Sall, fait partie des célébrités ouest-africaines citées dans l'affaire Swissleaks. Interrogé par les journalistes duCiji, il a refusé de s'exprimer sur le compte bancaire qu'il détenait chez HSBC Private Bank, par ailleurs fermé depuis.

Tunisie : Belhassen Trabelsi

© AFP

Le frère de Leila Trabelsi, l'épouse de l'ex-dictateur tunisien Zine el Abidine Ben Ali, s'est réfugié au Canada avec sa famille après la révolution de janvier 2011. Devenu un riche homme d'affaires sous la présidence de son beau-frère, Belhassen Trabelsi avait placé une partie de sa fortune sur des comptes de HSBC Private Bank en 2006.

D'après les fichiers HSBC, il est cité comme propriétaire de trois comptes enregistrés sous le nom "Zenade Resources limited", dont le montant total a affiché plus de 2,5 millions d'euros entre 2006 et 2007. Il est aussi lié au compte n°48451MH, qui a lui plafonné à près de 19,5 millions d'euros sur la même période. Mais le lien exact entre l'homme d'affaire et ce dernier compte créé en 2006 n'est pas précisé.

Tunisie : Tarek Bouchamaoui

Le nom de l’homme d’affaires tunisien Tarek Bouchamaoui fait lui aussi partie des listings HSBC. Le frère de Wided Bouchamaoui, la patronne des patrons tunisiens, a détenu un compte chez HSBC Private Bank de juillet 2004 à mai 2007. D’après le site tunisien Inkyfada (qui a tenté, sans succès, de joindre l’intéressé), ce compte aurait compté plus de 43 millions d’euros.

Zimbabwe : Roger Boka (décédé)

Roger Boka était un des plus grands industriels du tabac en Afrique. Décédé en 1999, il a longtemps été décrit comme un des premiers Zimbabwéens noirs à détenir une banque et un jet privé. Selon Associated Press, il était recherché pour des présomptions de transfert illégal vers l'étranger de plus de 22 millions d'euros après l'effondrement de son établissement United Merchant Bank.

Selon le Ciji, Boka avait un compte à son nom chez HSBC Private Bank, qui le fichait en tant que PDG du groupe Boka,  actif dans les secteurs de la finance, de l'or, et du tabac. Cependant, les fichiers ne permettent pas de définir le contenu exact de ce compte.

Scandale "SwissLeaks" : quels sont les pays africains les plus touchés ?

 

 

Les données publiées par SwissLeaks mettent en évidence de nombreuses disparités parmi les États du continent affectés par l'évasion fiscale.

La filiale suisse de la banque britannique HSBC (HSBC Private Bank) est fortement suspectée d'avoir mis en place - au moins entre 2006 et 2007 - un vaste système international de fraude fiscale. Le scandale "SwissLeaks" désigne ce mécanisme d'évasion tels qu'il a été divulgué début février par le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI). 

 

Si les données révélées par le scandale SwissLeaks ne concernent que les comptes de clients africains associés à la seule filiale suisse de HSBC Private Banque et ne divulguent que les montants détenus entre 2006 et 2007, elles mettent en évidence de profondes disparités parmi les États du continent affectés par cette évasion fiscale et l'impact souvent disproportionné que cette dernière prend dans nombre d'entre eux.

Les sommes associées aux dix premiers pays africains affectés par cette évasion atteignent 10,9 milliards de dollars.

Ainsi, parmi les dix pays associés à ces comptes, il n'est pas surprenant de retrouver quelques-unes des plus importantes économies africaines, telles que l'Égypte (au 1er rang, avec 3,5 milliards de dollars), l'Afrique du Sud (2e - 2 milliards), le Maroc (3e - 1,6 milliard), l'Algérie (5e - 671 millions) et la Libye (8e - 522 millions de dollars).

Pourtant dans ce top 10, on retrouve certains des pays les plus pauvres du continent, à l'image d'Érythrée (4e - 700 millions de dollars), les Seychelles (9e - près d'un demi-milliard de dollars) et le Liberia (10e - 288 millions de dollars).

Les sommes associées aux dix premiers pays affectés par la fuite de capitaux révélée par SwissLeaks atteignent 10,9 milliards de dollars, soit 82,5 % du total des montants liés aux pays africains.

Montants par pays africains

 

 

Sommes détenues par des clients africains (en dollars)
EgypteAfrique du SudMarocErythréeAlgerieKenyaTunisieLibyeSeychellesLiberiaZimbabweNigeriaCôte d'IvoireSenegalRD CongoCongo-BrazzavilleMadagascarSoudanTchadTanzanieMaliOugandaGhanaZambieAngolaSierra LeoneBurundiCamerounCentrafriqueMauritanieEthiopieBéninMozambiqueGabonTogoDjiboutiGuinéeGambie3 500 000 0002 000 000 0001 600 000 000699 600 000671 100 000559 800 000554 200 000522 900 000506 400 000287 900 000272 200 000266 600 000188 600 000166 500 000114 000 000
Sommes détenues par des clients africains dans les comptes analysés par Swissleaks. 
Lecture : 559,8 millions de dollars étaient détenus en en 2007 par des clients kényans dans les comptes suisses analysés par Swissleaks.

 

Les données de SwissLeaks montrent également que tous les comptes suisses ne sont pas créés égaux. Par exemple, sur les 32 clients "associés à l'Erythrée" (699,6 millions de dollars détenus dans des comptes suisses de HSBC), environ 695,2 millions de dollars peuvent être rattachés à un seul client, soit 99 % de la somme totale. Dans 13 des pays africains (sur une quarantaine) mis à l'index dans ces révélations, plus de 50 % des sommes détenues en Suisse peuvent être associés in fine à un seul client.

Les données de SwissLeaks montrent que tous les comptes suisses ne sont pas créés égaux.

Selon nos calculs, en part du produit intérieur brut réalisé par ces États en 2007 (données de la Banque mondiale), les trois économies les plus affectées sur le continent figurent parmi les plus petites et les moins diversifiées de la région.

Ainsi, en 2007, les montants détenus dans les comptes de HSBC en Suisse associés à l'Érythrée représentaient 53 % du PIB du pays, soit à peine plus que les Seychelles (49,70 %) et le Liberia (38,96 %).

Tandis que l'Égypte, au premier rang des pays africains touchés par l'évasion fiscale révélée par SwissLeaks s'en sort relativement indemne : les 3,5 milliards de dollars logés dans les comptes de HSBC ne représentaient que 2,68 % du PIB du pays à l'époque.

Enfin, selon nos estimations les sommes contenus dans les comptes suisses de HSBC en 2007 représentaient près de 2,8 millions de fois le revenu par habitant de l'Érythrée à l'époque. Cette proportion est proche de 2 millions dans le cas de l'Égypte et surpasse largement le seuil d'un million au Liberia.

Sommes dévoilées par SwissLeaks en proportion du PIB/habitant 

 
montant dévoilés par Swissleaks en proportion du PIB/habitant
ErythréeEgypteLiberiaMarocKenyaZimbabweRDCongoMadagascarAfriqueduSudTanzanie276521719444441370952666667660921655904628671386016338983270784

Source des données : SwissLeaks et Banque mondiale (PIB par habitant en 2007). Calculs : Jeune Afrique.

Rédigé par Guerri

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